Requins tigre et bouledogue : des espèces migratrices ?

Photomontage - Crédits : Requin bouledogue : Jean-Bernard Galvez - Requin tigre : Albert KokL’IRD (institut de recherche pour le développement) a publié ce vendredi 11 octobre 2013 des résultats intermédiaires issus des marquages effectués sur les requins à la Réunion dans le cadre du programme CHARC (Connaissances de l’écologie et de l’HAbitat de deux espèces de Requins Côtiers sur la côte Ouest de la Réunion). Les études tendent notamment à confirmer la capacité des requins tigres à se déplacer sur de très longues distances.

Une présence saisonnière sur nos côtes

Les premières observations du programme d’études ont montré que la présence des requins tigre et bouledogue sur nos côtes était saisonnière avec davantage de requins marqués détectés l’hiver que l’été et des pics de présence dans certaines zones au cours des périodes de transition (hiver-été en septembre-octobre ou été-hiver en mars-avril). Ce phénomène cyclique semble correspondre à des comportements de reproduction. Les scientifiques étudient de près cette hypothèse.

De longues migrations pour le requin-tigre

Les absences prolongées et fréquentes, de plusieurs jours à plusieurs mois, de certains individus, posent des questions sur leur mode d’occupation. Où sont-ils lorsqu’ils ne sont plus détectés dans le réseau de stations d’écoute ?

Nous avons, récemment eu quelques réponses à cette question depuis les informations obtenues lors de la recapture d’un requin tigre et la récupération des balises attachées à quelques requins permettant de suivre leurs déplacements à longue distance.

Tout d’abord, le 28 août dernier, des pêcheurs d’Andavadoke (côte ouest de Madagascar, à 150 km au nord de Tuléar) ont pêché un requin tigre marqué par l’IRD Réunion. La marque a été remise à une ONG scientifique qui a trouvé les coordonnées de VEMCO (le fabricant) qui nous a averti, expliquent les chercheurs. Ce requin est une femelle de 3 mètres, qui avait été marquée par l’équipe CHARC, le 6 décembre 2012 au large de Saint-Gilles, soit à plus de 2000 km d’Andavadoke où elle a été capturée.

L’hypothèse selon laquelle seul ce requin se déplacerait, signifierait que nous avons marqué le seul requin-tigre migrant de tout l’Océan indien. C’est tout à fait improbable. Il est davantage plausible que cette migration soit le trait d’un comportement commun aux membres de l’espèce. La circulation des requins tigres dans le Sud de l’océan Indien semble donc établie et laisse supposer une occupation de la population dans toute la partie Sud de cet océan, a minima.

Les requins tigres visitant nos côtes feraient ainsi partie d’une vaste population ouverte et non pas d’une population locale réunionnaise, fermée, sans échanges avec les autres spécimens de l’espèce. Plusieurs études et observations à travers le monde, notamment à Hawaii dans le Pacifique, ont démontré la capacité des requins tigres à se déplacer sur de très longues distances. Cette découverte dans l’océan Indien confirme cette capacité.

Requin bouledogue : une espèce inféodée à la côte ?

Concernant les requins bouledogues, les publications scientifiques montrent une fidélité aux zones côtières. En effet, si des longues migrations ont été observées notamment en Floride, ces migrations s’effectuaient le long du continent ce qui laissait penser que cette espèce était inféodée à la côte. Seule, une étude aux îles Fidji montrait la possibilité de cette espèce à quitter le littoral (un requin marqué dont la marque a été retrouvée entre 60 et 90 km de l’île).

L’un des plus longs déplacements jamais enregistré chez cette espèce

Jusque-là, les résultats de nos observations ont seulement démontré des absences pendant de longues périodes. Mais le 21 septembre dernier, la balise d’un requin bouledogue mâle d’environ 3 mètres, marqué six mois plus tôt, a été détectée par un satellite Argos qui nous a renvoyé la position géographique estimée de l’animal : celui-ci se situait alors très au Sud de la Réunion, dans une zone comprise entre 150 et 450 km au large de nos côtes. Les données de température et de courant sont en cours d’analyse et devraient nous permettre d’affiner cette localisation.

L’information est exceptionnelle car ce déplacement océanique est l’un des plus longs jamais enregistré chez cette espèce. Ces requins ne semblent donc pas complètement inféodés aux milieux côtiers. Pour l’heure nous n’avons pas les preuves de la capacité migratrice de cette espèce, mais cette découverte démontre la capacité du bouledogue à s’éloigner du milieu côtier et à nager en milieu océanique.

La balise satellite d’un autre requin bouledogue (une femelle) marqué également il y a 6 mois a récemment émis à quelques kilomètres seulement au large de Saint-Pierre. A priori donc, pas de grands déplacements hors de la Réunion pour celui-ci. Néanmoins, les derniers relevés des stations effectués à Sainte-Marie au Nord et à Sainte-Rose à l’Est de La Réunion, témoignent, tout de même, de longs déplacements côtiers des requins bouledogue marqués à Saint-Gilles, soit à plus de 100 km de leur zone de capture. De plus, deux requins bouledogue marqués avaient déjà été détectés, à 300 m de profondeur, sur un DCP (dispositif de concentration de poissons) situé à 8 km au large de La Réunion, là où les fonds sont déjà à plus de mille mètres.

La connectivité entre les sous-populations de bouledogues de l’océan Indien doit être confirmée par des analyses génétiques prévues dans le programme CHARC. Ces analyses permettront, nous l’espérons, de mesurer le lien de parenté entre les individus de la zone Sud-ouest océan Indien.

La collecte des autres données concernant les conditions environnementales et biologiques de l’écosystème marin réunionnais, se termine dans un mois. Les résultats sont en train d’être rassemblés et vérifiés et seront ensuite traités et analysés au cours de l’année à venir.

Photomontage – Crédits : Requin bouledogue : Jean-Bernard Galvez – Requin tigre : Albert Kok

Author: pressecologie

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