Les pesticides en chiffres

Pesticides - Crédits photo : Paul Excoff - Flickr - Certains droits réservés (licence Creative Commons)

Moins, c’est mieux… Voilà résumé le message du plan Ecophyto qui vise à réduire de 50% l’usage des pesticides d’ici 2018 en France. Issu du Grenelle Environnement, Ecophyto concerne tous les lieux et tous utilisateurs de produits phytosanitaires qu’il s’agisse de l’agriculteur, des services espaces verts de villes ou des jardiniers amateurs. Diminuer le recours aux produits chimiques, tout en continuant à assurer un niveau de production élevé tant en quantité qu’en qualité, et assurer le respect de la santé des agriculteurs et de l’ensemble des consommateurs, tels sont les défis que doit relever l’agriculture. 226 tonnes de substances actives ont été vendues en 2011 sur le territoire réunionnais.

Les produits phytosanitaires sont, avec les engrais, les deux principales sources de pollution des eaux superficielles et souterraines. Afin de répondre à la fois aux exigences de la Directive Cadre sur l’Eau – qui prévoit d’atteindre d’ici 2015 un bon état écologique et chimique pour les eaux souterraines et superficielles – et aux orientations du Grenelle de l’environnement, la France s’engage à réduire l’utilisation des pesticides d’une manière compatible avec la performance économique des exploitations. Sur l’île, on détecte des pesticides dans 73% des stations de mesure en eau souterraine (données de l’Office de l’eau de la Réunion, 2011).

Déclinaison locale du plan Ecophyto depuis 2010

A La Réunion, 2010 et 2011 ont été les années de mise en place des réseaux et des outils structurants pour encourager et diffuser les pratiques et systèmes économes en produits phytopharmaceutiques.

Depuis 2010, tous les acteurs sont mobilisés et fédérés dans la déclinaison régionale du plan Ecophyto. Ainsi, agriculteurs, chercheurs, techniciens des chambres d’agriculture ou des instituts techniques, formateurs agricoles ont déjà engagé de nombreuses actions pour tenter d’atteindre cet objectif, explique Ludovic Maillary, chef de Projet Ecophyto à la DAAF (Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt) de La Réunion.

Car pour pouvoir évaluer la réduction des pesticides, encore faut-il au préalable disposer de données sur leur usage sur le territoire. L’utilisation des produits phytopharmaceutiques à La Réunion est évaluée à partir des données extraites de la BNV-d (banque nationale des données de ventes des distributeurs). Cette banque de données est alimentée par les bilans des ventes des distributeurs de l’île, transmis à l’Office de l’Eau dans le cadre de la déclaration au titre de la redevance pour pollutions diffuses (mise en place en 2009 pour les vendeurs de produits phytosanitaires).

Selon les données extraites de la BNV-d de la DAAF de La Réunion, 205 tonnes de substances actives ont été vendues en 2009, 184 tonnes en 2010 et 226 tonnes en 2011. Pour 2012, il faudra patienter, les données ne sont pas encore disponibles.

Le tableau ci-dessous présente les quantités de substances actives (en kg) vendues entre 2009 et 2011 à La Réunion, en fonction de leur catégorie

Pesticicdes : quantités de substances actives (en kg) vendues entre 2009 et 2011 à La Réunion - BNV-d de la DAAF de La Réunion

QSA, Nodu, IFT : des indicateurs de pression phytosanitaire

A La Réunion, pour les indicateurs NODU (Nombre de Doses Unités) et IFT (Indice de Fréquence de Traitement) (voir encadrés ci-dessous), des études sont en cours. Une note de suivi devrait être mise en ligne au second trimestre 2013. En attendant de disposer de ces chiffres, examinons en quoi consistent les 3 indicateurs de pression phytosanitaire mis en place dans le cadre du plan Ecophyto : la QSA (Quantité de Substances Actives), le NODU (Nombre de Doses Unités), des indicateurs ‘macro’ calculés annuellement à l’échelle nationale et régionale, et l’IFT (Indice de Fréquence de Traitement), un indicateur permettant un suivi territorialisé et par type de culture.

Le NODU : nombre de doses unités

L’indicateur retenu comme indicateur de référence à l’échelle nationale est le nombre de doses unités (NODU). Cet indicateur, qui rapporte la quantité vendue de chaque substance active à une dose unité qui lui est propre, permet de mesurer l’intensité du recours aux pesticides. Le calcul du NODU est basé sur les quantités totales de substances actives vendues (c’est-à-dire l’indicateur QSA), divisée par la dose de référence de cette matière active. Il reflète les ventes par année civile et non les utilisations par campagnes.

Pour rappel, ce qu’on appelle la substance active, c’est ce qui constitue le principe actif du produit pesticide (celui qui agit sur les organismes vivants – insectes, vertébrés, vers, plantes, champignons, bactéries – pour les détruire, les contrôler ou les repousser). Il peut y avoir une ou plusieurs matières actives dans une préparation.

Quantité de Substances Actives

Le NODU est complété par l’indicateur Quantité de Substances Actives (QSA) vendue en France. On le calcule à partir des données de vente des produits, connues grâce à la redevance pour pollutions diffuses, perçue par les Agences de l’eau.

L’indicateur QSA a ses limites : il ne tient pas compte des propriétés, ni de la toxicité des substances actives. En effet, des substances correspondant à des produits aux doses homologuées élevées sont remplacées au fur et mesure par des substances efficaces à doses moindres. Pour chaque produit est indiquée la dose homologuée, à savoir la dose efficace d’application d’un produit sur une culture et pour un organisme cible. Cette dose homologuée est la base du calcul de l’Indice de Fréquence de Traitement (IFT) (Sources : France Nature Environnement, fédération française des associations de protection de la nature et de l’environnement – “Comment évaluer la réduction des pesticides ?” – Fiche thématique – Septembre 2012).

Indice de Fréquence de Traitement

L’IFT fait aussi partie des outils mobilisés sur le terrain pour accompagner les agriculteurs dans leur changement de pratiques et effectuer un suivi territorialisé par type de culture. Il reflète l’intensité d’utilisation des produits phytosanitaires, autrement dit, il permet d’évaluer la “pression phytosanitaire” exercée sur une parcelle et sur l’environnement, ainsi que la dépendance des agriculteurs vis à vis de ces produits. Il est exprimé en “nombre de doses homologuées par hectare” appliquées sur la parcelle pendant une campagne culturale. Cet indicateur peut être calculé pour un ensemble de parcelles, une exploitation ou un territoire, ou encore par grandes catégorie de produits.

Il est ainsi utilisé dans le cadre du réseau DEPHY Ecophyto, un dispositif d’acquisition de références, de démonstration et d’expérimentation sur les systèmes de culture économes en produits phytosanitaires qui a été lancé en 2010 et qui s’appuie sur des groupes de fermes et de sites d’expérimentation.

Que penser de ces indicateurs ? Pour France Nature Environnement :

Les trois indicateurs mis en place permettent d’évaluer l’usage des pesticides dans une certaine mesure, mais avec bien des difficultés : données parfois difficiles d’accès et dépendantes des déclarations de redevances, accompagnées de calculs complexes.

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Author: pressecologie

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