Risque requin : l’éclairage de Vie Océane

Requin - Crédits photo : Wyland / USFWS Headquarters

Ces derniers mois, au vu de l’abondance des articles sur le risque requin nous avions pensé qu’il était sage de ne pas participer à une polémique qui ne faisait que grandir. Les commentaires excessifs et les passions qui continuent à se développer nous conduisent aujourd’hui à essayer d’apporter un éclairage rigoureux et sans émotion.

Le « risque requin » à La Réunion concerne en tout premier lieu la communauté des surfeurs même si ses impacts affectent ou ne laissent pas indifférent la vie réunionnaise dans son ensemble.

La notion et l’expression du risque ont véritablement pris forme en 2012, suite à des accidents tragiques survenus exclusivement chez les pratiquants de ce sport.

Il faut reconnaître que les conditions dans lesquelles chassent les requins en général et les bouledogues en particulier sont convergentes avec les conditions dans lesquelles s’exerce le surf ; activité qui, de plus génère des stimuli attractifs pour les squales. Les manifestations diverses de protestation qui ont suivi ces accidents tendraient à faire croire – « parce que cela se faisait avant » – que l’on devrait pouvoir surfer dans des conditions limites (fortes vagues, lever ou coucher du soleil…). N’en doutons pas, c’est aujourd’hui devenu impossible ! Des choses ont changé et tant que l’on n’aura pas eu les éclairages des travaux scientifiques, la plus grande prudence s’impose. En attendant, la pratique doit être sécurisée et on ne peut qu’encourager les efforts sérieux qui vont dans ce sens.

Mais dans ce contexte, certains dires nous interpellent et ne peuvent nous laisser sans commentaires. Entre autres les affirmations suivantes sont souvent énoncées :

« L’augmentation de la population de requins bouledogues à proximité des côtes réunionnaises est due :

– à l’augmentation de la ressource dans le périmètre de réserve marine qui attire le requin bouledogue – à l’interdiction de la pêche à l’origine de l’augmentation des populations de poissons, – à l’absence de pêcheurs sous-marins occupant la colonne d’eau. »

Quelques réajustements explicatifs s’imposent.

Une augmentation des populations de poissons, suffisante pour alimenter des gros prédateurs comme des requins et cela en à peine 5 ans d’existence fonctionnelle de la réserve, relèverait d’un miracle écologique dans le contexte actuel. Hélas, les facteurs de dégradation qui pèsent sur les récifs coralliens de l’ouest ne leur offrent pas de telles perspectives à si court terme. Il faudra beaucoup de temps et d’actions de préservation pour en arriver là.

Et si par un quelconque coup de baguette magique, il y avait une augmentation conséquente de proies disponibles sur les récifs coralliens, elle bénéficierait en priorité aux requins propres à ce milieu (requin corail Triaenodon obesus, requin gris Carcharhinus amblyrhynchos …) qui de plus seraient en mesure de repousser le bouledogue par leurs comportements territoriaux. Le requin bouledogue, quant à lui, affectionne en priorité les eaux troubles avec des apports en eau douce provenant de cours d’eau et nous soulignons que ce sont des conditions défavorables au développement des récifs coralliens. Il est reconnu dans le monde que là où ces écosystèmes sont en bonne santé et en équilibre, les requins bouledogues ne s’installent pas.

Que la présence d’activité de pêche en général puisse limiter le risque requin, rien n’est moins sûr. Les prélèvements sur une ressource fragile risquent au contraire d’accentuer les déséquilibres biologiques.

Quant à l’occupation de la colonne d’eau par les chasseurs sous-marins, les expériences passées ont montré que l’activité était également à l’origine de stimuli attractifs pour les requins …

Il faut souligner qu’en l’absence de données antérieures, on ne peut affirmer qu’il y ait depuis 2 ans une augmentation de la population des requins bouledogues dans les eaux réunionnaises. Pour expliquer leur fréquentation accrue près des côtes réunionnaises, peut être devrions-nous nous interroger plus intensément et en toute transparence (sic!) sur la qualité des eaux littorales réunionnaises.

Autre fait, aujourd’hui quand la houle se lève à Saint Leu, l’eau se trouble car les vagues et les courants remettent en suspension les boues qui se sont déversées dans le lagon lors de fortes pluies de février 2012. Une bonne partie du lagon de Saint Leu en a été fortement impactée mais qui s’est soucié des conséquences et a rapidement pris des mesures réparatrices ?

Nous n’entendons personne pour remettre en causes ni les aménagements ni les pratiques telles que celles qui consistent à se débarrasser de tout-venant dans une ravine. Qui demande aux institutions compétentes de remédier efficacement aux ruptures des canalisations d’eau usée en baie de Saint Leu ?

Autant de facteurs qui contribuent à la dégradation de la qualité des eaux qui deviennent destructrices pour les organismes coralliens, attractives pour des requins mais aussi nuisibles pour la santé des baigneurs.

Il y a quelques semaines, plusieurs personnes ont contracté des infections bactériennes lors de baignades dans le lagon d’Etang-Salé. De l’eau de récurage d’une canalisation a été déversée dans le lagon. Il est étonnant que toute la lumière n’ait pas été faite au grand jour et que les responsabilités n’aient pas été recherchées et affichées…

Pendant ce temps, certains décideurs préfèrent fuir leurs vraies responsabilités et se tourner vers des décisions démagogiques. Pour en revenir au risque « requin » qui peut en effet affirmer que pêcher un certain nombre de requins conduira à une pratique du surf plus sûre?

Ce qui est sûr c’est que ces prélèvements vont interférer avec les études en cours qui de ce fait ne pourront peut-être pas apporter les éléments de réponse qui auraient permis de comprendre le comportement des requins et de trouver des stratégies adaptées pour diminuer le risque pour des « pratiquants de la vague ».

Mais au-delà des arguments fallacieux de certains qui ne représentent pas une majorité des usagers du milieu marin, nous tenons à protester avec force contre l’utilisation de la violence tant verbale que physique. Ce n’est pas faire honneur à la pratique du surf que d’utiliser l’intimidation ou l’agression pour parvenir à imposer les idées déraisonnables d’une minorité manipulatrice. Il nous semble que cela s’apparente à une forme d’arbitraire inadmissible dans une île où l’on aime cultiver la tolérance comme un art de vivre. Place donc à la raison.

Le 26/05/ 2013, Vie Océane.

Crédits photo : Wyland

Author: pressecologie

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