Objectif Gerri : “ti pa, ti pa na rivé”

Saint-Denis Vue aérienne - Pressecologie.com Le projet GERRI (grenelle de l’environnement à la Réunion : réussir l’innovation – green energy revolution : Reunion island) se fixe pour objectif de faire de La Réunion, d’ici 2030, un territoire d’exception intégrant toutes les innovations environnementales intéressant la mobilité, l’énergie et ses usages, l’urbanisme, la construction et le tourisme.

Plus d’un an après son lancement officiel en juillet 2009, GERRI avance doucement. Pour faire de la Réunion, un modèle de développement durable et un laboratoire des énergies respectueuses de l’environnement, le chemin est encore long. Mais “ti pa, ti pa na rivé”, comme on peut l’entendre dans le maloya de Firmin Viry.

L’île possède des atouts géographiques (ensoleillement, potentiel des mers, relief) pour développer des énergies renouvelables, et une forte incitation à le faire au vu du prix de revient actuel et futur de la production d’électricité à partir des hydrocarbures.

Une mission de préfiguration a esquissé au cours de l’année 2008 le contenu du programme GERRI, officiellement lancé en juillet 2009. GERRI s’articule autour de cinq composantes très dépendantes les unes des autres :

La production d’énergies renouvelables et les économies d’énergie : insistant sur la nécessaire poursuite, voire l’amplification des économies d’énergie, le projet privilégie l’énergie photovoltaïque et le solaire thermique dans un premier temps, l’énergie des mers à terme, sans oublier les compléments apportés par l’hydraulique, l’éolien, la biomasse.

– La politique préconisée en matière de transports prévoit d’une part le développement des transports collectifs, des modes doux, des plans de déplacements d’entreprise, et d’autre part la généralisation des véhicules économes en hydrocarbures, notamment les véhicules hybrides et les véhicules électriques. Quant au déploiement de véhicules électriques, il présentera un bilan environnemental intéressant à la condition que l’électricité utilisée provienne d’énergies renouvelables ; les modalités d’alimentation de ces véhicules seront donc déterminantes.

– La réflexion sur les bâtiments s’est beaucoup inspirée des réflexions et des expérimentations locales, menées notamment par l’ADEME pour définir des référentiels de bâtiments performants sous climat tropical et préciser les solutions techniques associées. La nouvelle réglementation thermique acoustique et aération (RTAADOM), applicable aux bâtiments d’habitation neufs depuis le 1er mai 2010, est destinée à freiner la consommation énergétique et à réinventer un habitat bioclimatique. Des dispositions propres au climat et au mode de vie des départements d’outre-mer ont été spécialement adaptées et devront s’appliquer aux constructions d’habitation neuves.

Pour piloter le projet, les parties prenantes que sont notamment l’Etat et ses établissements publics, les collectivités territoriales, et les entreprises on décidé de créer un groupement d’intérêt public (GIP) (cf arrêté du 24 décembre 2009, publié au Journal officiel le 16 janvier 2010). Le groupement d’intérêt public est constitué entre les 5 membres fondateurs suivants et assure une mission de service public administratif : l’Etat, le conseil régional de La Réunion, le conseil général de La Réunion, l’association “La Réunion Economique’, le fonds de dotation “club des entreprises partenaires du projet GERRI”.

Les réalisations attendues

Les projets de production d’électricité d’origine photovoltaïque sont nombreux, favorisés localement par un ensoleillement important et des conditions fiscales privilégiées. Parmi les réalisations les plus remarquables, on notera l’utilisation des terrains d’anciennes décharges (où l’on exploite également le biogaz) et les couvertures de parcs de stationnement de grandes surfaces. Quelques démonstrateurs et réalisations expérimentales vont voir le jour dans le domaine de l’énergie. La batterie de stockage d’électricité installée sur la commune de Saint-André est une installation expérimentale permettant de restituer une puissance de 1MW (méga watt) pendant 7 heures et ainsi de réduire les émissions de gaz à effet de serre en limitant le recours aux moyens thermiques de pointe. Cette technologie innovante, grâce un procédé électrochimique sodium-souffre (NaS), contribue à renforcer l’intégration des énergies renouvelables intermittentes sur le réseau. D’autres technologies devraient être expérimentées, tels que le stockage hydraulique couplé avec une exploitation de l’énergie éolienne, l’énergie des mers (prototype pour transformer l’énergie de la houle en électricité, pour transformer en électricité la différence de température entre eau de surface et eau des profondeurs, utilisation de l’eau profonde pour des installations de refroidissement et climatisation). Renault, EDF, GBH (Groupe Bernard Hayot), Total Réunion, GE Money et l’agence GERRI ont signé le 19 janvier 2010 une lettre d’intention sur l’expérimentation à La Réunion de 50 véhicules électriques associés à des infrastructures de charge principalement alimentées par des énergies renouvelables.

Un mode d’ordre : l’expérimentation

Pour faciliter la mise en oeuvre du projet GERRI, les acteurs du projet insistent sur la possibilité d’expérimentations. Plusieurs questions qui pourraient trouver une réponse spécifique à l’échelle de l’île sont d’ores et déjà en discussion :

  • Comment favoriser les projets d’énergie photovoltaïque les plus intéressants ? Un protocole “pour une gestion dynamique et responsable du foncier agricole”, cosigné avec l’ensemble des acteurs de la filière agricole (notamment cannière), a prévu d’ores et déjà une compensation des surfaces agricoles utilisées à cette fin. Au delà de ces dispositions, comment peut-on prendre en compte l’intérêt du projet sur le plan de l’aménagement dans l’attribution des aides fiscales et d’un tarif de rachat garanti ?
  • Comment privilégier la production d’énergie éolienne et photovoltaïque assortie d’un stockage permettant d’utiliser cet apport pendant les périodes de pointe ?
  • Peut-on mettre en place des tarifs de rachat différenciés selon différents paramètres ? (pointe ou base ; existence de stockage…)
  • Comment favoriser les véhicules électriques en tenant compte de la manière dont ils seront rechargés ?
  • Comment de manière plus générale favoriser les produits à bonne efficacité énergétique, qu’il s’agisse des véhicules, de l’électroménager ou des climatiseurs ? Peut-on asseoir la fiscalité automobile sur les performances énergétiques des véhicules plutôt que sur leur cylindrée ? Les tarifs douaniers spécifiques et les mécanismes liés à l’octroi de mer permettent-ils ce type d’approche ?
  • Comment transposer en matière de construction les dispositions nationales en tenant compte du climat tropical de l’île ?
  • La fiscalité locale peut-elle favoriser la densité de l’urbanisme ?

Autant de questions qui attendent des réponses… concrètes…

Author: pressecologie

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