Les baleines à bosse suivies par satellite

Baleine à bosse - Crédits photo Pat Hawks - Flickr

La baleine à bosse figure parmi les espèces marines les plus emblématiques de la Réunion. Pourtant, elle conserve jalousement un grand nombre de mystères, au niveau de ses parcours migratoires par exemple. Dans le cadre du programme MIROMEN (MIgration ROutes of MEgaptera Novaeangliae), porté par Globice, en partenariat avec l’ONG Wildlife Conservation Society, 15 baleines vont être équipées de balises Argos et seront suivies par satellite. Le trajet effectué par la baleine au sein de l’océan Indien sera ainsi dévoilé.

La baleine à bosse est une espèce bien énigmatique. Les baleines apparaissent en début d’hiver, comme sorties de nulle part, agitent frénétiquement le plan d’eau avant de s’évanouir dans l’océan en fin de saison.

D’où viennent-elles ? Où vont-elles ? Nous avons bien quelques pistes. La baleine à bosse se nourrit durant l’été dans les eaux froides, riches en ressources trophiques, des hautes latitudes méridionales. Elle préfère les chaudes eaux tropicales pour se reproduire. Pour le reste, que de zones d’ombres…

Le programme MIROMEN (MIgration ROutes of MEgaptera Novaeangliae), porté par Globice, en partenariat avec l’ONG Wildlife Conservation Society (WCS), avec le soutien de la Commission Européenne (dans le cadre de l’action préparatoire BEST – Régime volontaire pour la biodiversité et les services écosystémiques dans les territoires des régions ultrapériphériques et les pays et territoires d’outre-mer de l’Union européenne) vise à apporter quelques éclairages sur cette partie du cycle de l’espèce.

MIROMEN vise au déploiement de balises Argos sur 15 individus adultes, afin de suivre leurs mouvements migratoires par satellite. Si le suivi satellitaire de certaines espèces, comme les oiseaux ou les tortues est couramment mené, notamment à la Réunion, il n’en va pas de même en ce qui concerne notre mégaptère.

Une première à la Réunion

Des opérations de ce type ont été mises en œuvre avec succès, notamment en Nouvelle Calédonie (Opération Cétacés), dans les îles Cook (CRCC), dans les Comores (Megaptera) ou à Madagascar (CétaMada, Université Paris Sud, WCS), apportant des données très intéressantes sur les déplacements des individus. Pour la Réunion, il s’agira d’une première. Le procédé est technique et requiert l’intervention d’une équipe internationale spécialisée. Globice s’appuiera sur l’expérience de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) et d’Ygor Geyer, spécialiste de la pose de balises Argos (Webnox).

Ils viendront “taguer” les individus, comme on dit dans le jargon, soit implanter une balise Argos sur le dos de la baleine, juste en dessous de la nageoire dorsale. Le système d’attache pénètre dans le lard de l’animal et la balise transmet ensuite sa position dès que la baleine est en surface. Puis la baleine finit par “rejeter” l’équipement, comme nous le faisons des échardes ou autres petits corps étrangers, au bout de quelques semaines ou mois. C’est ainsi le trajet effectué par la baleine au sein de l’océan Indien qui sera dévoilé.

Mettre en évidence les routes empruntées par les baleines

En premier lieu, nous chercherons à mettre à jour les routes utilisées par les animaux ne faisant que transiter par la Réunion, en route vers leur site final de reproduction ou de mise bas. Les baleines à bosse de sud-ouest de l’océan Indien constituent l’une des sept populations reproductrices de l’hémisphère Sud, selon la Commission Baleinière Internationale (CBI). Sa population est nommée “Stock C”. Cette région est divisée en quatre sous-régions : la côte est de l’Afrique continentale (stock C1), les Comores (C2), Madagascar (C3), les Mascareignes (C4). MIROMEN vise en premier lieu à apporter des informations quant aux échanges entre ces sous-stocks, ainsi que sur les parcours utilisés entre les différentes îles de la région.

Ensuite, nous devrions équiper quelques individus venus se reproduire ou mettre bas à la Réunion. La période choisie (fin juillet – début août) est propice. En équipant cette catégorie de baleines, nous chercherons à mettre à jour leurs déplacements autour de l’île. Si les données abondent sur la côte Ouest, la fréquentation par les baleines de l’Est et du Sud reste bien peu documentée. MIROMEN sera l’occasion de compléter les connaissances sur les secteurs et habitats utilisés à l’échelle de l’île.

Enfin, peut-être certains individus nous dévoileront-ils leur route vers leur zone de nourrissage, loin au sud de la Réunion. Actuellement, très peu de données scientifiques sont disponibles quant aux routes migratoires des baleines du Stock C à destination de leur aire de nourrissage. MIROMEN vise à combler une lacune de connaissance à ce niveau.

Aider la Commission Baleinière Internationale

Les retombées seront multiples. En termes de connaissance scientifique tout d’abord, MIROMEN va venir combler des carences importantes, en levant le voile sur un aspect encore très peu connu du cycle biologique de l’espèce.

Les résultats seront ensuite valorisés à grande échelle, afin d’alimenter les réflexions générales menées notamment par la CBI sur la gestion des stocks, ou sur la définition d’Aires Marines Protégées. Connaître les routes utilisées par les animaux mettra en effet à jour les secteurs qu’il est essentiel de préserver dans l’intérêt de l’espèce. A terme, l’idée serait un rapprochement avec les différentes structures ayant mené ou menant des programmes similaires, afin de procéder à une analyse des mouvements des baleines à bosse à l’échelle régionale.

Un beau voyage au travers des océans Indien et Austral à dos de baleine en perspective !

Article extrait du journal Z’infos marines, N°7, l’actualité environnementale de la Réunion côté marin

Lire Z’infos marines . Pour toute question: zinfosmarines@yahoo.fr – Plus d’informations : Globice.org

Crédits photo : Pat Hawks

Author: pressecologie

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