“Ilot Vers” : le vermicompostage, mode d’emploi

SCEA "Ilot Vers" : Egwen, Alain et Patrice - Crédits : Pressecologie

Dans la famille des lombriciens, je demande Eisenia andrei. Cette espèce de ver dit “de compostage” est un excellent bio-digesteur et un parfait allié des agriculteurs et jardiniers. La SCEA (société civile d’exploitation agricole) Ilot Vers, gérée par 3 associés, Patrice, Egwen et Alain, propose depuis octobre 2012 des vermicomposteurs (ou lombricomposteurs) qui renferment ces vers un peu particuliers capables de produire une matière première azotée idéale pour amender les cultures. Une solution qui allie protection de l’environnement et autosuffisance en engrais… “Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme”… La preuve par Ilot Vers.

Patrice et Egwen se sont rencontrés au bord de l’eau. Le premier pêchait des carpes, le second, salarié à l’époque à l’ARDA (association réunionnaise du développement de l‘aquaculture), contrôlait la taille des poissons attrapés. L’idée initiale, c’était d’élever des vers de pêche, puis on en est venu aux vers de compost, explique Patrice, l’un des gérants de Ilot Vers. Le lombricompostage (aussi appelé “vermicompostage” – ndlr), poursuit Egwen, c’est une véritable solution pour valoriser les déchets agricoles, mais aussi domestiques.

Le “seigneur des anneaux”

Dans les lombricomposteurs conçus par Ilot Vers basé à Saint-Pierre, ce sont les Eisenia andrei ou “vers de Californie”, importés d’Europe, qui ont été choisis. Ce ver est une espèce de lombricien, parmi 150 autres en France et 3 500 dans le monde. A ne pas confondre avec le lombric. Tous deux sont des Annélides dont le corps est composé de segments constitués d’un anneau pourpre, mais ils se distinguent par leur “métier” : laboureur ou digesteur. L’un (le lombric) est un laboureur, il se nourrit de terre mélangée à la matière organique et aère le sol ; l’autre (le vers de compost) est un digesteur, il se nourrit de matières organiques de surface (végétaux en décomposition, fumiers divers) et contribue à leur recyclage.

SCEA "Ilot Vers" : vers de compostage - Crédits : Pressecologie

Eisenia andrei est un digesteur, l’un des meilleurs de sa catégorie. Dans des conditions idéales, il est capable de manger la moitié de son poids en matières organiques par jour. Mais à la Réunion, Patrice et Egwen se sont armés de patience pour acclimater ces vers aux conditions tropicales. Les fortes chaleurs, la sécheresse, ainsi que les pluies cycloniques ne sont pas du goût de ces petites bêtes davantage habituées aux climats tempérés.

Ces animaux d’une petite dizaine de centimètres ingurgitent tout ce qui est organique : épluchures de fruits et de légumes (attention, à ne pas leur donner d’ail, ni d’agrumes), le marc de café, les sachets de thé. Ils apprécient aussi les matières carboniques, telles que le papier et le carton, les coquilles d’œufs, la sciure. Ils ne consomment pas d’aliments d’origine animale. Il faudra donc veiller à ne pas leur en donner. Cela attirerait des insectes nuisibles aux vers de compost, tels que les fourmis ou les cafards.

Un engrais naturel

A l’intérieur des compartiments d’un lombricomposteur, c’est un petit écosystème qui est recréé : on utilise les vers pour transformer les matières organiques en un compost proche de l’humus ou du terreau, fertilisant riche en azote, phosphore et potassium, idéal en agriculture biologique.

SCEA "Ilot Vers" : vers de compostage et lombricomposteur - Crédits : Pressecologie

Pour celles et ceux qui seraient réticents à l’idée d’héberger des vers dans leur cuisine, sachez que la méthode est inodore et peu encombrante, elle peut aisément trouvée sa place dans une maison ou un appartement pour composter les déchets domestiques.

Un lombricompost bien géré ne dégage pas de mauvaises odeurs. Si le problème survient toutefois, ce peut être lié à un mauvais équilibre du système (vous ajoutez de la nourriture plus vite que les vers ne la mangent). Il est conseillé de cesser d’alimenter en déchets le lombricomposteur durant quelques jours, d’aérer en mélangeant le bac et d’apporter de la matière carbonée. Et si l’on craint une “invasion” de moucherons dans son lombricomposteur : c’est certainement lié à un pH trop acide du milieu. Il faut apporter plus de matière carbonée (carton, papier), et des coquilles d’œufs finement broyées afin de réduire l’acidité du lombricomposteur et éliminer les moucherons qui pondent en milieu acide (Sources : www.compostaction.org).

Et si les vers s’échappent de leur bac ? Ces vers vivent uniquement dans le compost. En dehors, leur chance de survie est nulle, ils craignent particulièrement la lumière et ont besoin d’un milieu humide pour survivre, explique Patrice. Et s’ils s’échappent dans le jardin ? Ils ne peuvent quasiment pas survivre dans le milieu naturel et ne sont pas des espèces envahissantes, il n’y a pas de risque à ce niveau.

Tout n’a pas été facile pour créer une structure de lombricompostage localement : «Officiellement il n’y a pas d’obstacles, mais dans la réalité, il y a toujours un “mais”. Pertes de temps, d’argent, difficultés pour créer un statut juridique pour l’entreprise : c’est un vrai parcours du combattant auquel se sont frottés les entrepreneurs. Cela fait 46 ans que le procédé existe en Europe. A la Réunion, on est pris pour des babas cools qui élèvent des vers. Aujourd’hui les choses ont évolué, les efforts et la persévérance des trois associés ont payé. L’entreprise marche, patine un peu faute de moyens, mais les clients suivent. Il y a une vraie demande. Patrice et Egwen planchent actuellement sur de nouveaux projets en lien avec le lombricompostage. Mais pour l’heure, ils n’en diront pas plus…

Infos pratiques :

  • Comptez 105 € pour un lombricomposteur de deux étages conçu par Ilot Vers. Le choix du bois (pin ou en cryptoméria, non traité) est privilégié. Le composteur en plastique aura tendance à chauffer s’il est exposé au soleil et peut ainsi entraîner la mort des vers.
  • Ilot Vers propose aussi des sacs d’engrais biologique.

Pour des conseils, informations, etc… : contactez Ilot Vers (Saint-Pierre) au 06 92 60 47 77 ou 06 92 48 48 21.

L’alimentation des vers de compostage :

Donner régulièrement :
– Fruits, légumes, herbes, céréales et légumineuses crus ou cuits.
– Pelures, pépins, café moulue, thé et tisanes, pâtes alimentaires, écaille de noix d’arachide et de > graine.
Donner en petite quantité : Pain, riz

Ne jamais donner à vos vers :
– Pelures de fruit ou légume ayant été en contact avec des produits chimiques.
– Tout produit d’origine animale (poisson, viande, os, graisse, produits laitiers, litière d’animaux domestiques).
– Huiles, fritures et matières grasses.
– Condiments (vinaigre, vinaigrette, moutarde, mayonnaise, épices).
– Aiguilles de conifères (trop acides).
– Tabac, cigarettes, gazon traité aux pesticides (contaminant).
– Les résidus domestiques dangereux (contaminant toxique).
– Les matières non-biodégradables, synthétiques et les poussières de maison.
Sources : www.bio-vers.com

Author: pressecologie

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