Jardiner sans pesticides : des solutions contre les insectes

Jardin potager - Crédits photo : Chiot's Run - Flickr - Certains droits réservés

Ah la magie de la chimie ! Un pschiiit, et, les insectes, maladies, animaux indésirables dans le jardin ne sont plus. Mais les pesticides de synthèse ne sont pas anodins. En plus de constituer une atteinte à l’environnement, traiter régulièrement et sans précaution son jardin avec des pesticides, c’est risquer d’exposer vos proches, vos animaux domestiques ou vous-même à des produits potentiellement dangereux pour la santé. Des alternatives naturelles existent. Passons en revue quelques trucs et astuces contre les insectes.

Les pesticides : mieux les connaître

On distingue d’une part les produits phytopharmaceutiques, utilisés en agriculture et destinés à tuer certains insectes (insecticides), plantes (herbicides), champignons (fongicides) ou autres organismes limitant la croissance des plantes cultivées. D’autre part, les biocides, qui sont des produits similaires, contenant parfois les même substances actives, mais utilisés en dehors du secteur agricole (bien que les agriculteurs en utilisent aussi). Ce sont notamment les insecticides et rodenticides (contre les rongeurs) à usage domestique ou industriel, les produits de protection du bois, les désinfectants… (Sources : Ecoconso.be)

Utilisés massivement depuis les années 60, les pesticides ont contribué à augmenter considérablement les rendements et ont rapidement conquis les jardins familiaux et les espaces publics. Depuis, certains scientifiques incriminent les pesticides responsables du déclin de nombreuses espèces. Ces produits chimiques ne sont pas ou peu biodégradables et s’accumulent dans les écosystèmes et les organismes vivants. Leurs effets sur la santé humaine sont de plus en plus pointés du doigt : cancers, maladies neurologiques (maladie de Parkinson par exemple), troubles de la reproduction et du développement, allergies…

Des résidus de pesticides dans nos assiettes

Les pesticides utilisés pour traiter un potager se retrouvent bien souvent dans les assiettes. Ce sont ainsi les résidus de dizaines de pesticides différents que chacun de nous peut ingérer régulièrement. Les conséquences de cette accumulation à long terme sur notre santé sont encore mal connues. Le meilleur réflexe est de privilégier les fruits et légumes non traités. Dans tous les cas, il est vivement recommandé de laver tous les légumes à l’eau potable avant leur consommation.

Des conséquences sur la santé

Lors de l’application, 95 % des risques liés aux pesticides relèvent du contact du produit avec la peau et peuvent avoir différentes conséquences sur la santé :

  • allergies, brûlures, irritations au contact de la peau ou des yeux ;
  • maux de tête, vomissements, diarrhées, tremblements, sensations de faiblesse.

Les risques liés à l’inhalation de produits lors des traitements sont également importants. Dans tous les cas, il faut utiliser les équipements de protection individuelle : bottes, gants imperméables, combinaison (ou vêtements couvrant l’ensemble du corps).

Solutions contre les insectes

A noter que certaines solutions proposées ci-après risquent d’être lessivées par la pluie ; il faudra donc réitérer l’intervention après.

Traitements généraux

Certaines opérations doivent être répétées afin de détruire la population de ravageurs car souvent les solutions proposées ne sont efficaces que pour un stade de développement précis (exemple : ne tue que l’adulte et pas les larves). Il faudra donc effectuer l’opération une fois par semaine pendant un mois.

– Le jet d’eau est un excellent moyen pour se débarrasser des insectes présents à la surface des végétaux.

Certaines espèces de végétaux dégagent des composés répulsifs ou biocides pendant leur culture ou après enfouissement. Elles ont donc des effets purifiants (parfois désinfectants) pour le sol et/ou les plantes poussant à proximité. On peut ainsi les planter en association culturale (en même temps et à proximité d’autres plantes cultivées), les inclure dans la rotation (culture intermédiaire) ou les enfouir dans le sol après culture et broyage. Les plantes aromatiques, les Alliacées (ail, oignon …) et les Brassicacées (chou, navet, radis …) possèdent en général ces propriétés.

Autres exemples de plantes assainissantes :

  • Oeillet d’inde (Tagetes patula)
  • Basilic (Ocimum basilicum)
  • Ciboule (Allium fistulosum)
  • Persil (Petroselinum crispum)
  • Menthe (Mentha spp.)

– La pulvérisation de macérations de plantes sur les organes atteints peut constituer un traitement préventif ou curatif. La macération consiste à broyer la partie intéressante de la plante, à l’incorporer dans de l’eau, puis à disposer la mixture au soleil (de quelques heures à quelques semaines). La solution est filtrée en ajoutant du savon pour faciliter l’adhésion de la préparation. Elle est ensuite pulvérisée ou appliquée sur les organes ou les plants atteints.

En général les doses à utiliser sont de l’ordre de 100 grammes de feuilles pour 1 litre d’eau ; mais, après expérimentation, les doses peuvent être ajustées en fonction du résultat obtenu. Attention ces macérations peuvent avoir des effets de toxicité sur la plante (brûlures sur feuilles) ou sur l’applicateur. En effet, “produit naturel” ne veut pas dire “sans risque”. Il est donc toujours conseillé de :

  • faire un test préalable sur une petite zone de la plante à traiter avant l’application du traitement définitif. Attendre 1 jour pour vérifier que la concentration n’est pas trop forte. Si l’on observe un symptôme de brûlure sur la plante il faudra diluer la préparation.
  • porter les équipements de protection adaptés (gants, bottes, masque, combinaison et lunettes de protection).

Les plantes à utiliser en macération (possibilité de les mélanger) sont :

  • les feuilles de basilic
  • les gousses d’ail (Allium sativum)
  • les oignons (Allium cepa) et ciboules (Allium fistulosum)
  • les feuilles de menthe
  • piment (Capsicum annuum)

– Le purin d’ortie est un traitement couramment utilisé en agriculture biologique. Un bon purin nécessite environ 100 grammes d’ortie dans 1 litre d’eau qu’il faut laisser dans l’obscurité pendant 21 jours (en remuant tous les jours). La solution est prête lorsque le mélange ne fait plus de bulles ; il faut alors la filtrer et la diluer si besoin, pour ensuite la pulvériser sur les organes atteints.

– Les huiles à pulvériser empêchent l’insecte de respirer : la dose généralement appliquée est d’une cuillère à soupe d’huile par litre d’eau mais les huiles peuvent être utilisées pures. Vous pouvez utiliser des huiles végétales de cuisine ou des huiles vendues en tant que produits phytosanitaires dans le commerce comme les huiles paraffiniques ou les huiles blanches (attention à bien vérifier les usages autorisés).

– Le savon noir (ou le liquide vaisselle) mélangé à l’eau peut être utilisé contre les insectes sans carapace (pucerons, cochenilles).

– Un linge imbibé d’alcool à friction ou de vinaigre aura aussi un effet insecticide.

– Le marc de café placé au pied des plantes attaquées constitue un répulsif efficace.

– Il existe des produits phytopharmaceutiques à base de molécules d’origine végétale qui sont efficaces contre les pucerons, les acariens, les fourmis ou les chenilles. Ils sont parfois utilisés en agriculture biologique et présentent donc, en général, un moindre danger pour l’environnement ; mais, comme tout pesticide, leur utilisation est à raisonner et à proscrire à proximité des points d’eau. Il faudra donc bien vérifier les usages autorisés et les précautions d’emploi indiqués sur l’étiquette.

Les pièges à insectes

– Dans vos serres et abris, il est possible d’attirer et de piéger un certain nombre d’insectes grâce à des pièges colorés (jaunes en général) vendus en jardinerie : à placer au sol (insectes terrestres) ou à hauteur des cultures (plaques engluées pour les insectes volants).

Traitements spécifiques : contre les fourmis

– Autour des troncs, la mise en place de bandes gluantes achetées en jardinerie ou fabriquées à la maison (tissu imprégné de glue, scotch double-face) empêche les fourmis de grimper en haut des arbres. Pensez à remplacer régulièrement les bandes gluantes qui se salissent au cours du temps et perdent ainsi leur efficacité.

– D’autres interventions peuvent avoir des impacts négatifs sur les fourmilières : verser de l’eau bouillante (attention à ne pas abîmer les plantes cultivées), planter de la menthe, placer des rondelles de citron pourries à proximité de la plante attaquée ou de la fourmilière. Pour détruire les fourmilières installées, vous pouvez les déranger à plusieurs reprises à l’aide d’une fourche.

– L’acide borique (borax : produit pour bain de bouche vendu en pharmacie) disposé avec du sucre dans une coupelle à côté de la fourmilière attire les fourmis qui mourront après ingestion du mélange.

– La menthe séchée et broyée peut être placée au pied des plantes infestées et aura ainsi un effet répulsif sur les fourmis.

– La macération d’oignons a un effet contre les fourmis.

Lutter contre les pucerons

Lutter contre les fourmis qui vont et viennent sur vos plantes ou vos arbres, c’est également lutter contre le développement des pucerons qu’elles élèvent et protègent pour le miellat qu’ils sécrètent.

– Certains jardiniers saupoudrent du talc ou de la cendre de bois sur les pucerons, ce qui les asphyxie.

Des solutions contre les chenilles

Favorisez l’accueil des oiseaux en implantant des haies fleuries et diversifiées. Les piquets et arbres fruitiers constituent des perchoirs attractifs pour les oiseaux de votre jardin.

– La récolte des individus à la main est un bon moyen de réduire significativement les populations de chenilles.

– L’utilisation de barrières mécaniques est un excellent moyen de lutte contre les chenilles : filets ou voiles anti-insectes pour protéger vos choux et salades des attaques de mouches et chenilles ; protection du collet (partie de la plante située au niveau du sol et faisant la transition entre la racine et la tige) avec un rouleau de papier-toilette…

En jardinerie, vous trouverez également des glues arboricoles écologiques à badigeonner autour des troncs.

– Les pelures râpées d’agrumes (citron, orange…) bouillies pendant quelques minutes dans de l’eau, laissées reposer 24h, filtrées puis pulvérisées autour des plantes attaquées auront un effet répulsif sur les chenilles.

– Il existe des produits phytopharmaceutiques à base de préparations bactériennes ayant des actions spécifiques contre les chenilles. Ces préparations sont largement utilisées en agriculture biologique et présentent donc un moindre danger pour l’environnement. Comme tout pesticide, leur utilisation est à raisonner et il faudra bien vérifier les usages autorisés et les précautions d’emploi indiquées sur l’étiquette.

Des astuces contre les acariens (araignées rouges)

– Les acariens n’apprécient guère les atmosphères humides. L’arrosage du feuillage (surtout face intérieure : là où ils se trouvent systématiquement) constitue donc un moyen de lutte contre ces petits ravageurs.

Plus la plante est nourrie correctement, moins les acariens seront présents. Il convient donc de ne pas trop engraisser ou carencer vos plantes.

Des solutions contre les termites

– Le binage (consiste à ameublir la couche superficielle du sol autour des plantes cultivées) permet de se débarrasser des termites.

Des solutions pour lutter contre les cochenilles

Les cochenilles sont fréquemment présentes sur les arbres fruitiers. Pour éviter qu’elles n’envahissent l’ensemble de l’arbre : il faut tailler les branches trop infestées et ramasser les feuilles tombées au sol. Le jet d’eau (avec une pression soutenue) permet de décoller les cochenilles présentes sur les feuilles ou le tronc. Pour le tronc, un brossage peut également être envisagé (il éliminera aussi les mousses du tronc).

INFOS PRATIQUES :

Espèces auxiliaires et lutte biologique :
L’introduction d’organismes auxiliaires non indigènes à la Réunion est interdite sans autorisation préalable.
Lire l’arrêté du 28 juin 2012 relatif aux demandes d’autorisation d’entrée sur le territoire et d’introduction dans l’environnement de macro-organismes non indigènes utiles aux végétaux, notamment dans le cadre de la lutte biologique

Sources : Ministère de l’Ecologie et du Développement durable – jardiner-autrement.fr lancé dans le cadre du plan Ecophyto 2018, qui vise à réduire progressivement l’usage des pesticides de 50% d’ici 2018. Issu du Grenelle Environnement, Ecophyto concerne tous les lieux et tous utilisateurs de produits phytosanitaires qu’il s’agisse de l’agriculteur, des services espaces verts de villes ou des 17 millions de jardiniers amateurs en France.

Crédits photo : Chiot’s Run – Licence Creative Commons – Certains droits réservés

Author: pressecologie

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