Sauver ce qu’il reste de l’Eden

Cirque de Mafate - Pressecologie.com L’isolement, la diversité des milieux naturels et des climats ont amené de nombreuses espèces indigènes (présentes avant l’arrivée de l’homme) à se différencier jusqu’à devenir endémiques, propres à la Réunion. Sur les 230 espèces végétales endémiques de l’île, la moitié est menacée d’extinction. La sauvegarde de cette biodiversité est une priorité. Loin de reconstruire un paradis perdu, il s’agit de sauver ce qu’il en reste.

À La Réunion, 30% des habitats d’origine sont encore présents, contre moins de 5% à Maurice et aucun à Rodrigues. La majorité de ceux-ci est aujourd’hui protégée, notamment dans le cœur du Parc national de La Réunion. La menace la plus importante pour ces écosystèmes naturels uniques est donc la présence et l’invasion par les espèces introduites.

Depuis l’arrivée de l’homme, au cours du 17ème siècle, de nombreuses espèces exotiques ont été introduites sur l’île (cf tableau). Un millier de plantes introduites se sont naturalisées (sont présentes à l’état sauvage), alors qu’il avait fallu plusieurs millions d’années à la nature pour en faire autant… Parmi ces espèces introduites, certaines sont devenues envahissantes ou menaçantes pour les écosystèmes réunionnais avec des conséquences écologiques et/ou économiques et/ou sanitaires négatives. Notons qu’en plus des espèces introduites listées (cf tableau), de nouvelles espèces arrivent régulièrement aux frontières réunionnaises. En ce qui concerne la flore, les experts locaux évaluent approximativement à plus de 5 000 le nombre d’espèces introduites présentes sur l’île (toutes ne sont heureusement pas envahissantes).

Bilan des espèces indigènes, introduites et envahissantes - Source : Stratégie de lutte contre les espèces invasives à la Réunion - Publication du Parc national de La Réunion 150 espèces envahissantes

A la Réunion, on compte plus de 2 000 espèces végétales exotiques, dont plus de 150 déclarées comme invasives. C’est le cas, par exemple, du Raisin marron, du Goyavier, des Longoses, du Troène, du Galabert, des Baies roses, de la Liane papillon…. Pour la faune (hors insectes), La Réunion compte 45 espèces indigènes contre 50 introduites, dont 16 espèces, soit 32% sont connues pour être actuellement envahissantes. La prise de conscience de l’impact des espèces exotiques envahissantes (ou espèces invasives) à La Réunion, a fait émerger, au début des années 1980, une volonté politique forte de s’attaquer à ce fléau. De nombreuses actions ont été menées ces vingt dernières années, tant dans le domaine de la recherche scientifique que dans les opérations de lutte active sur le terrain par divers organismes.

Éléments fondamentaux de la stratégie de lutte contre les espèces invasives

Sous l’impulsion, et avec le soutien de la Région, du Département, de l’Office national des forêts (ONF), des services de l’État (Direction régionale de l’environnement – DIREN – et Direction de l’agriculture et de la forêt – DAF -), des missions d’expertise, des programmes de recherche, des chantiers de lutte et des actions de communication ont été lancés. Grâce à une mobilisation de tous les acteurs locaux, travaillant avec et/ou contre ces espèces invasives, la première stratégie globale de lutte contre les espèces invasives a été rédigée. La mise en place de cette stratégie passe par un programme opérationnel de lutte contre les invasives. Il comprend 13 actions pilotées par diverses structures (DIREN, DAF, PNRun, ONF, CG974, CR, SREPEN, CBNM, Université) en collaboration avec tous les partenaires locaux.

Végétation altimontaine de la Réunion - Pressecologie.com La stratégie de lutte contre les espèces invasives vise à protéger les écosystèmes aquatiques et terrestres de La Réunion, ainsi que leur diversité biologique originale et les végétaux et animaux indigènes contre les risques associés aux espèces invasives. La portée de l’initiative s’applique à toutes les introductions intentionnelles (délibérées), autorisées ou non (illégales) ainsi qu’à toutes les introductions non intentionnelles (accidentelles). Elle intègre, de ce fait, toutes les espèces pouvant entrer à La Réunion (frontières), mais aussi les espèces introduites déjà présentes sur l’île, envahissantes ou susceptibles de le devenir. Elle s’applique au milieu terrestre et au milieu marin.

Le but de la stratégie est la mise en place d’un système de gestion complet, coordonné et efficace qui protège les écosystèmes aquatiques et terrestres de La Réunion, ainsi que la biodiversité indigène, des menaces causées par les espèces invasives.

Pour parvenir à une gestion des espèces invasives, la stratégie s’articule autour de 4 axes fondamentaux :
Axe 1 : prévenir les introductions nuisibles, intentionnelles ou non, de nouvelles espèces exotiques envahissantes
Axe 2 : lutter activement contre les espèces exotiques qui s’établissent (détection précoce et éradication rapide) et/ou qui se répandent (éradication, confinement et contrôle)
Axe 3 : sensibiliser, communiquer, éduquer et former sur les espèces exotiques envahissantes, à différents niveaux
Axe 4 : gouverner et animer la stratégie

Si la prévention de nouvelles invasions est indispensable, il est impératif de procéder, simultanément, à l’éradication, au confinement et au contrôle des espèces invasives d’intérêt prioritaire qui sont d’ores et déjà établies. Il est également important de mettre en place un suivi des actions engagées afin d’améliorer au mieux chacune d’elles. Un cadre stratégique de sensibilisation, de communication, d’éducation et de formation est aussi indispensable. Sans le soutien et une prise de conscience de la population à cette problématique, la lutte isolée de quelques acteurs s’avère souvent insuffisante.

La lutte contre les espèces exotiques envahissantes a été identifiée comme étant l’action prioritaire à mettre en œuvre pour assurer l’intégrité du bien, par le comité du patrimoine mondial de l’Unesco lors du classement du site «Pitons, cirques et remparts de l’île de La Réunion» en juillet 2010 à Brasilia; cet aspect sera ré-examiné par le comité en février 2013. La lutte contre les espèces invasives est donc une priorité pour la sauvegarde des habitats naturels de La Réunion et le maintien de son classement au Patrimoine Mondial.

Pour rappel, afin de ne porter préjudice ni aux milieux naturels, ni à la flore et à la faune sauvages, est interdite (…) l’introduction dans le milieu naturel de tout spécimen d’une espèce animale ou végétale à la fois non indigène au territoire d’introduction et non domestique/cultivée, dont la liste est fixée par arrêté (…) (Article L.411-3(3) du code de l’environnement).

Sites internet à consulter pour plus d’informations :
http://www.onf.fr/la-reunion
http://www.legrenelle-environnement.fr
http://www.reunion-parcnational.fr
http://www.fdgdon974.fr
http://www.especes-envahissantes-outremer.fr/

Sources : Stratégie de lutte contre les espèces invasives à la Réunion – Publication du Parc national de La Réunion – Juillet 2010

Author: pressecologie

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