Kilian Jornet : “La Réunion, un bel exemple de liaison entre l’homme et la nature”

Kilian Jornet - Crédits photo : bergermarkus.com

Mi-homme mi-cabri, voilà comment l’on pourrait définir Kilian Jornet. Le jeune Catalan de 25 ans, double vainqueur du Grand Raid de la Réunion, a été façonné par la montagne depuis ses premiers pas. Aujourd’hui, sa passion est devenue son métier et il a toujours à cœur de respecter l’élément dans lequel il évolue au quotidien. Coureur de montagne, skieur, mais aussi alpiniste, depuis un an, Kilian s’est lancé un défi fou, baptisé “Summits of my life” (“Les sommets de ma vie”), qui consiste à gravir et à descendre le plus vite possible quelques-uns des plus hauts sommets du monde, avec un équipement minimal et sans assistance. Le film “A Fine Line”, présenté en avant-première à Barcelone le 17 décembre dernier, retrace la première année de ce projet. Que recherche Kilian à travers cette aventure ? Que souhaite-t-il transmettre ? Entretien.

Pressecologie : – Avec “A Fine Line”, on découvre que vous êtes un montagnard, avant même d’être un coureur. Vous entretenez un lien particulier avec la montagne et la nature…

Depuis que je suis tout petit, mes parents m’ont appris à aimer et respecter la nature. On habitait dans un refuge de montagne à 2000m et la nature c’était donc notre terrain de jeux. On faisait aussi de nombreuses sorties en montagne et je pense que, d’une façon naturelle et simple, j’ai développé cette relation de respect envers la montagne, et aujourd’hui, c’est là où je me sens le mieux. Je n’imagine pas ma vie sans la montagne, et c’est pour ça probablement que je suis devenu un coureur, pour pouvoir être en montagne et faire ce que j’aime en même temps, que j’y développe ma profession.

– Vous semblez toujours parvenir à repousser vos limites, c’est aussi ce qui vous fait avancer ?

Ce n’est pas vraiment l’idée de repousser mes limites qui me motive, sinon essayer de développer toutes ces activités en ayant le maximum de respect envers la nature. Pour moi ça veut dire d’essayer d’être invisible, de laisser le moins d’empreintes possibles et ça signifie aussi essayer d’utiliser le minimum de matériel possible, etc…

– Le projet “Summits of my life” vous permet d’évoluer dans un espace de liberté et de découverte, mais la dimension de compétition et de défi en fait également partie…

La nature c’est l’entourage où je me sens mieux, et j’ai eu la chance de pouvoir y trouver une profession qui peut combiner cette passion avec mon autre passion qui est courir. Ce qui me motive c’est le chemin, les amis qu’on y rencontre et les histoires que l’on y vit, plutôt que gagner des compétitions ou battre des records.

Kilian Jornet - Crédits : Summits of my life - DR – Vous expliquez : “On a besoin d’être en montagne, et même si parfois on paye le prix fort, c’est parce qu’on en tire l’essentiel de la vie”…

Je pense que cette phrase est une partie de moi. La vie, comme la montagne, est dure et terrible parfois, mais il faut lutter pour essayer d’avoir ce qu’on veut ou ce qu’on aime. Le prix est fort parfois, mais non seulement en montagne, sinon partout. La montagne nous donne la vie, et parfois elle peut aussi nous la prendre.

– Dans le film, votre sœur évoque sa peur face aux risques auxquels vous vous exposez. Renoncer à un sommet, à une traversée, c’est quelque chose que vous pouvez envisager ?

Je suis bien évidement touché que mes proches se fassent du souci pour ma sécurité, mais je les connais aussi et je sais qu’ils vont toujours me donner support dans mes décisions puisqu’ils savent que c’est la façon dont je suis heureux. La renonce fait partie de la réussite, faire demi-tour c’est beaucoup de fois une réussite plus grande.

– Dans votre projet, vous avez à cœur d’être le plus écologique et économique possible. Menez-vous d’autres actions en faveur de la protection de la nature dans votre vie personnelle ?

Oui, j’essaye de consommer le moins de produits toxiques possibles, je fais du recyclage, j’essaye d’aller le plus possible à pied pour ne pas utiliser la voiture, etc.

– Vous sillonnez les montagnes et les sentiers aux quatre coins du monde, constatez-vous les méfaits de la pollution, l’accroissement des déchets ?

La multiplication des déchets est malheureusement en augmentation dans nos montagnes, mais je vois aussi qu’il y a beaucoup des gens qui font des efforts. On peut s’améliorer, mais je pense qu’on est dans le bon sentier ! Ceci dit, j’ai un grand paradoxe, vu les compétitions, les voyages, les avions, c’est sûr que c’est facile d’avoir un discours écologique puis prendre l’avion. Ce sont des luttes internes, mais j’essaye de trouver un bon équilibre.

– Quels sont vos prochains défis pour 2013 ? Une troisième participation à la Diagonale des Fous ?

En 2013 je vais essayer de faire trois records : un au Mont-Blanc, l’autre au Matterhorn (nom allemand du Cervin, en Suisse – ndlr) et l’autre à l’Elbrus (en Russie – ndlr). Je vais aussi continuer avec les saisons de trail running et de ski de montagne. Pour le GRR (Grand Raid de la Réunion – ndlr), j’ai très envie, mais on verra en début saison.

– A vos yeux, qu’est-ce qui différencie la Réunion des autres lieux où l’on pratique le trail ?

La Réunion est un lieu extraordinaire non seulement pour ses spectaculaires montagnes mais aussi pour la façon dont les Réunionnais y habitent. C’est un bon exemple de liaison entre l’homme et la nature, celle que l’on peut trouver à la Réunion.

– Pascal Blanc a bouclé avec succès son “Run Trip” de 440 kilomètres sur les sentiers et les routes de l’île le 13 janvier dernier. Ce défi vous aurait tenté ?

Tous les défis comme celui-là sont attirants, et je souhaite bonne chance à Pascal Blanc dans son aventure ! Il est un super coureur et une personne très inspirante, ce qu’il vient de faire à la Réunion est énorme !

Découvrez des extraits du film “A Fine Line” en vidéo :

Le film “A Fine Line” est disponible en dvd et en téléchargement. Plus d’infos sur Summitsofmylife.com

Author: pressecologie

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2 Comments

  1. Ah Kiki si seulement cette liaison pouvait reellement existé. Hélas lorsque tu vois le page de Band Cochon sur facebook tu te rends bien compte que le respect pour la Nature et les créoles c’est pas vraiment ça 🙁

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  2. Il faut carrément faire des entrainements de niveau professionnel pour faire ce que vous faîtes non ? J’aime la nature (et un peu le sport 😛 ) mais je ne pense pas voir le courage d’escalader les murs sans attache de sécurité… Je préfère la contempler et l’expérimenter d’une autre manière, en faisant une simple randonnée pas trop éprouvante par exemple. En tout cas, bravo à vous !!!!

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