Des solutions anti-gaspi

Campagne anti-gaspillage alimentaire - Crédits photo : Ministère de l'AgricultureChaque Français jette en moyenne 20 kg d’aliments par an à la poubelle : 7 kg d’aliments encore emballés et 13 kg de restes de repas, de fruits et légumes abîmés et non consommés… Plus de 2, 3 millions de tonnes de nourriture sont gaspillées par an dans la distribution en France (hyper et supermarchés + discounts + épiceries et commerces de proximité). 1,5 millions de tonnes sont gâchées tous les ans dans la restauration (collective et commerciale)(*). Le gaspillage alimentaire est en partie un phénomène générationnel lié à nos modes de vie. L’association France Nature Environnement (FNE) a établi une liste de gestes pour aider le grand public à réduire le gaspillage alimentaire : mieux acheter, mieux conserver, mais aussi accommoder les restes. C’est aussi l’art de faire du “nouveau” avec de l’”ancien”. Un art dont nos grands-parents étaient passés maîtres…

Une évolution générationnelle

Le pourcentage de nourriture perdue a été multiplié par deux depuis 1974 et continue d’augmenter. D’une part, nous sommes de plus en plus urbains et avons donc un rapport plus distancié à la production agricole, nous n’avons pas nécessairement conscience du temps de travail investi pour produire la nourriture et des contraintes naturelles de la production agricole (fruits et légumes non standardisés, saisonnalité, météo).

D’autre part, la part de l’alimentation a diminué dans le budget des ménages. Elle est passée de 38% en 1960 à 25% en 2007. La nourriture a moins de valeur financière aujourd’hui proportionnellement à 1960. Il est donc moins impactant de la jeter.

Les améliorations possibles

Bien acheter

Faire une liste de courses : le plus pratique pour certains de nos foyers était de placer un bloc-note sur leur réfrigérateur pour noter au fur et à mesure leurs besoins

Restreindre ses achats à sa liste de courses : cela implique de ne pas aller faire les courses quand on a faim (car on veut tout acheter) et d’acheter les portions justes sans céder aux promotions alléchantes sur des gros lots bientôt périssables (à moins de les congeler immédiatement pour les cuisiner plus tard).

Faire attention aux dates de péremption : cela ne signifie pas d’être à l’affût de la date la plus éloignée, car trop de manipulations des produits en linéaire les détériorent. On peut aussi acheter un produit dont la date de péremption est proche, cela évite au magasin de jeter et il est parfois moins cher. L’important, c’est de le savoir et de le manger immédiatement ou de le congeler.

Acheter de préférence des produits “nature”, des produits non préparés et des fruits et légumes non calibrés : ils se conservent généralement plus longtemps. De plus, ils sont passés par moins d’étapes de transformation. Dans la mesure où il y a des pertes inévitables à chaque étape, ils auront donc généré moins de gaspillage en amont de leur arrivée dans votre panier, tout comme les produits issus des circuits courts et de proximité et les produits de saison. Enfin en achetant des fruits et légumes non calibrés vous éviter qu’ils restent dans le champ ou sur les arbres.

(Ré-)apprendre à connaître les produits qu’on consomme : si votre commerçant connaît bien ses produits, vous pouvez lui demander conseil sur les modes de conservation et la façon de les cuisiner.

Bien conserver

Ranger les produits suivant la règle du 1er entré / 1er sorti et, dans le réfrigérateur, les ranger en fonction des étages de température.

Congeler lorsque c’est possible les surplus d’aliment : au moment de la congélation, il faut penser à faire des doses adaptées pour ne pas être obligé de décongeler plus que nécessaire.

Passer en revue régulièrement le contenu de ses placards pour surveiller la date limite de consommation des produits présents. Et stocker les produits fragiles de manière visible plutôt que cachés au fond du frigo…

Conserver les restes suivant des modes adaptés

Laver le réfrigérateur régulièrement

Bien cuisiner

Cuisiner soi-même

Bien doser les quantités de nourriture préparées (riz, pâtes, …)

Accommoder les restes : certains sites internet donnent des recettes à partir d’une combinaison de restes (je peux faire par exemple une salade froide ou un gratin avec les pâtes, des gâteaux pour finir les œufs et le beurre, du pain perdu avec le pain rassis…) Et même les produits un peu abîmés peuvent être consommés sous des formes plus appétissants, que ce soit les légumes en ratatouille ou en quiche ou les fruits en compote et confiture.

Voici quelques idées de recettes à télécharger :

48 recettes anti-gaspi

25 recettes autour des plats de fête

Ne pas jeter les produits consommables : les produits secs (riz, pâtes, lentilles, pois…) sont consommables au-delà de leur date limite d’utilisation optimale. Se fier à ses sens pour savoir si un produit est consommable ou non.

FNE demande à l’Etat de mobiliser l’ensemble des acteurs

Pour l’association FNE, il ne s’agit pas uniquement d’agir sur le gaspillage généré par le consommateur. Il nous semble indispensable que la réflexion du gouvernement intègre enfin les impacts environnementaux du gaspillage qui s’ajoutent au scandale social. Un aliment jeté sans être consommé, ce sont des pesticides, de l’essence, de l’irrigation, des espaces agricoles, du travail déployés en vain. Il faut agir sur toute la chaîne : du producteur au transformateur jusqu’à la grande distribution pour s’attaquer aux 190 kg par an et par habitant et pas seulement au 30 kg générés par le seul consommateur, insiste Benoît Hartmann, porte-parole de France Nature environnement.

Le gaspillage alimentaire est le résultat de nos modes de production et de consommation alimentaires actuels. Il a lieu à chaque étape de la chaîne :

– Dans le champ : les fruits et légumes non calibrés par rapport aux machines sont jetés. Si leur cours sur le marché est trop bas, certains fruits ne sont même pas ramassés. Si des fruits et légumes arrivent trop tard dans la saison, ils ne sont pas vendus.

– Dans le camion : certains produits sont abîmés pendant le transport.

– Dans l’entrepôt : en cas de rupture de la chaîne du froid, tous les produits doivent être jetés.

– Dans l’usine de transformation : les fruits et légumes non calibrés pour l’industrie alimentaire (tordus, avec des tâches) sont jetés. On constate aussi des pertes pendant la préparation de plats cuisinés.

– Au supermarché et dans les magasins des produits packagés par lots trop importants, une mauvaise conciliation entre approvisionnements et consommation en fonction des aléas climatiques, pas de tri dans un cageot qui, quand un fruit est abîmé, peut être jeté…

– À la maison, au restaurant, à la cantine : On achète trop, on cuisine en trop grande quantité, les portions sont trop grosses. Des produits sont oubliés dans le fond du frigo.

Ainsi tous les acteurs de la chaîne du champ à l’assiette sont victimes et responsables du gaspillage alimentaire. C’est pourquoi FNE souhaite que tous se mobilisent pour réduire le gaspillage alimentaire. Cette dynamique doit être impulsée par le gouvernement. Dans ce sens, le pacte national anti-gaspillage alimentaire annoncé pour juin 2013 par Guillaume Garot, ministre de l’agro-alimentaire, est une bonne nouvelle, selon France nature Environnement. Reste à voir ce qu’il contiendra.

FNE demande que ce pacte comprenne :

– La réalisation d’un état des lieux du gaspillage alimentaire à tous les étages et pas seulement en “bout de chaîne”

En effet, le ministre annonce une réduction du gaspillage alimentaire de moitié d’ici 2025. L’atteinte de cet objectif nécessite de savoir d’où l’on part. Or le gaspillage des ménages, des restaurants, des cantines et des distributeurs (marchés et magasins) a été évalué par une étude du Ministère de l’Agriculture. Les informations manquent sur l’ensemble de la chaîne. L’Etat pourrait demander aux différentes organisations professionnelles de s’impliquer en collectant et rendant disponible les informations manquantes. Un observatoire des pratiques pourrait être créé entre tous les acteurs de la chaîne. Cet état des lieux n’a pas pour priorité d’identifier de nouveaux ratios de gaspillage, mais d’avantage de faire que les acteurs se mobilisent en “s’auto évaluant”, pour leur donner l’envie de progresser et la lisibilité pour le faire.

L’expérimentation et le développement de modèles économiques moins générateurs de gaspillage

Les premiers retours d’expérience montrent que les modèles économiques avec moins d’intermédiaires (les cuisines autonomes dans les cantines, les circuits courts) génèrent moins de gaspillage que des modèles plus complexes (les cuisines satellites fonctionnant avec des cuisines centrales, la grande distribution et ses circuits d’approvisionnement auprès des marchés d’intérêt nationaux notamment).

Par ailleurs, ces modèles plus vertueux permettent de travailler des produits non calibrés, ce qui évite du gaspillage en amont de la chaîne, chez les agriculteurs. L’Etat doit faciliter l’expérimentation et l’évaluation et encourager les modèles les plus vertueux au travers des approches, d’une part par filières de produits, et d’autre part par territoires. En effet, de multiples initiatives émergent dans les collectivités pour favoriser des nouvelles approches de production/distribution de produits alimentaires, en particulier dans le domaine de la restauration collective scolaire. Il serait pertinent d’étendre, les initiatives développées, à d’autres secteurs de consommation des produits alimentaires.

– La mobilisation de tous les acteurs pour changer les pratiques génératrices de gaspillage

Notre modèle économique fondé sur la surproduction et la surconsommation a généralisé des pratiques qui génèrent inévitablement du gaspillage. C’est le cas du calibrage des fruits et légumes qui est imposé aux agriculteurs par les cahiers des charges des entreprises agro-alimentaires. Sans connaître l’ampleur du gaspillage que cela génère, il est évident que tous les fruits et légumes ne pousseront jamais conformément aux standards des transporteurs ou des machines à éplucher ou découper de l’agro-alimentaire. De même, nos exigences de consommateurs d’avoir le choix maximum de produits à toute heure, y compris au restaurant en fin de service ou au magasin avant la fermeture, génèrent du gaspillage car tout ce que nous n’achèterons pas risque d’être gaspillé. Ces habitudes de production et de consommation doivent être remises en cause. Elles nécessitent des lieux d’échange entre tous les acteurs car les pratiques des uns peuvent générer du gaspillage chez les autres. Le gouvernement doit animer ce dialogue.

– Des garde-fous par rapport aux fausses bonnes solutions pour réduire le gaspillage alimentaire

Certains industriels voient dans la lutte contre le gaspillage alimentaire l’occasion de verdir leur image. A titre d’exemple, la multiplication des emballages individuels n’est pas une solution écologique pour réduire le gaspillage alimentaire car ceux-ci génèrent des impacts environnementaux (prélèvement de ressources, création de déchets). Il est préférable de responsabiliser les consommateurs sur les modes de conservation (rangement au frais, à l’abri du soleil, dans une boîte alimentaire…). De façon encore plus caricaturale, on voudrait nous vendre des réfrigérateurs qui scanneraient les produits pour connaître leur date de péremption et nous en avertir. De tels gadgets utilisent également des ressources rares et produisent des déchets difficiles à traiter et rendent le consommateur dépendant d’un bien inutile.

(* Rapport d’Urban Food Lab, “Pertes et gaspillages dans les métiers de la remise directe (restauration et distribution)”. pour le Ministère de l’Agriculture – 2011)

Author: pressecologie

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