L’Atelier Naturellement : la localité pour emblème

L'Atelier Naturellement - Crédits photo : PressecologieDepuis une quinzaine d’années, Bruno Huet a choisi l’indépendance, la liberté d’entreprendre. Bricoleur autodidacte, savonnier, mais aussi chandelier, il a ouvert les portes de son atelier à Pressecologie. Rencontre avec un artisan qui manie avec passion les essences et les huiles pour créer des savons bons pour la peau et pour l’environnement. Un artisan qui a à cœur de montrer qu’une autre voie est possible et a fait de la localité le pilier de son artisanat.

Voilà deux ans que Bruno et son épouse Sigrid, artiste peintre, se sont installés au cœur du village de l’Entre-Deux. On découvre un atelier à la devanture rouge, niché au fond d’un jardin. Tôles, bois de palettes, vielles portes et fenêtres, ces matériaux de récupération ont servi à sa conception. Pour leur seconde vie, ils assurent gîte et protection aux savons de Bruno, mais également aux “Kafrines de Sig”, les personnages féminins réalisés par Sigrid.

Une rencontre avec les essences et les huiles

Tout a commencé en avril 2004. Bruno acquière alors une ancienne structure dans le sud de l’île spécialisée dans deux corps de métiers : la ciergerie et la savonnerie. C’est sa rencontre avec l’aromathérapie, l’utilisation médicale des extraits aromatiques de plantes, quelques années plus tôt, qui l’a poussé à se lancer dans l’aventure. Adepte du Make Yourself (faire soi-même), Bruno n’est ni chimiste, ni biologiste, le métier de savonnier, il l’a appris dans les livres, mais pas seulement : Je ne suis pas du genre à attendre, je fais. Je pars du principe que les choses sont là et que tu dois en faire quelque chose. Je suis toujours en recherche, en quête pour trouver.

La savonnerie, c’est aussi une histoire de rencontres :

J’ai pu bénéficié de la formation de l’ancien gérant de la savonnerie/ciergerie. Chantal Vitry (des laboratoires Vitry à Saint-Gilles-les-Hauts – ndlr) m’a aussi beaucoup aidé pour les huiles essentielles, les essences… tout comme d’autres personnes croisées en métropole. Ma vie est faite de rencontres, mais aussi de travail. Je me dis qu’il faut que ça marche. Je n’ai pas de diplôme, juste le bac, dans ce cas, il faut en savoir au moins autant que les autres, pour dépasser ce que tu n’as pas pu obtenir avec les études.

L'Atelier Naturellement - Crédits photo : Pressecologie Bruno apprend, expérimente. Il met 3 ans et demi à concevoir le premier savon destiné à la vente. L’art du savon ne s’improvise pas. Il faut aussi s’adapter aux conditions locales : La Réunion, ce n’est pas un département comme les autres. Les huiles ne rancissent pas de la même façon, il faut compter avec le taux d’humidité ambiant. C’est une question de regard sur le lieu dans lequel tu vis.

“L’Atelier naturellement”, c’est encore l’histoire d’une démarche : A 43 ans, je suis toujours en chemin. Ce qui compte c’est de réaliser ce que l’on est, de se libérer, d’être indépendant . Un chemin qui n’est pas sans difficulté : On travaille depuis 15 ans sans filet, ce n’est pas toujours simple, confie Sigried. Mais quelle liberté ! Cela nous permet de voir les choses autrement, de concevoir autrement. Développer les circuits courts, aller directement à la source, ouvrir les vannes. Il ne s’agit pas juste de vendre du savon, ajoute l’artisan.

Pour l’élaboration de ses savons, Bruno a choisi la technique de la saponification à froid pour préserver les valeurs des huiles, des beurres végétaux et des huiles essentielles qui entrent dans la composition des savons. On garde le bon. Doux, surgras, riches en glycérine, ses savons ne sont pas desséchants pour la peau. A l’opposé du savon industriel : la pâte à savon est chauffée jusqu’à ce que la réaction de saponification soit complète. Elle est ensuite lavée avec de l’eau salée. Lors de cette opération, la glycérine est aussi séparée du savon et enlevée. Elle sera utilisée pour élaborer d’autres cosmétiques.

L'Atelier Naturellement - Crédits photo : Pressecologie Les savons de l’Atelier Naturellement sont confectionnés à partir d’huiles de grande qualité, issues de l’agriculture biologique pour une grande majorité, riches en actifs : olive, coco, moutarde, ricin, sésame, carthame, mais aussi avocat, argan, chanvre, beurre de karité, peut-être de cacao… Bruno n’utilise pas l’huile de palme à cause de la surexploitation des sols qu’elle engendre, la paupérisation des populations alentours et la disparition des espèces végétales et animales.

Utiliser des matières premières locales

L’idée de base, c’est d’utiliser ce qu’il y a autour de nous. Pour les huiles, il n’existe pas de fabricants localement, on est obligé d’importer, concède Bruno. Mais les huiles essentielles telles que le géranium, le vétyver, la citronnelle sont locales. Par exemple, j’utilise ce qu’il y a au plus près, les sapotes, les letchis et l’aloe vera de mon jardin, les épices… Il faut incorporer dans les savons des matières premières qui se trouvent sur l’île, résume Bruno. On y retrouve aussi du lait d’ânesse de Saint-Joseph, de l’hydrolat de géranium de Grand Coude, des pigments minéraux et végétaux, du miel… Autant d’ingrédients, de senteurs et de vertus différentes pour s’adapter à tout type de peau.

Prochaine étape : relancer la ciergerie. Bruno s’y attellera à partir de février 2013. Il confectionnera des bougies à l’effigie des fruits et légumes de la Réunion, mais aussi des objets personnalisés.

Un rendez-vous mensuel est également à l’étude. Il prendrait la forme d’un atelier pour apprendre à faire soi-même ses cosmétiques et ses produits ménagers.

En attendant, on peut retrouver les savons, liniment, bains douches… de l’Atelier Naturellement sur le marché de Saint-Pierre le samedi matin, les marchés de nuit de Saint-Denis et Saint-Pierre, dans certaines boutiques de puériculture naturelle. Pensez à apporter votre cabas, l’Atelier Naturellement limite au maximum le recours aux emballages.

Pour les 9 ans de l’Atelier Naturellement, en avril 2013, rendez-vous sur le stand du marché forain de Saint-Pierre, une belle surprise vous y attend…

Les Kafrines de Sig - Crédits photo : Pressecologie Les matériaux de “récup”, les objets détournés, se sont aussi les supports des œuvres de Sig. Vieux bidons, palettes, morceaux de bois, vielles tôles, planche de surf usagée… sont autant de “toiles” sur lesquelles Sig donne vie à ses “Kafrines”. Ces bouts de femmes aux vêtements colorées sont réalisées en dessin et collage de papiers. On les retrouve sur les marchés de Saint-Paul le vendredi et Saint-Pierre le samedi matin.

L’Atelier Naturellement et les “Kafrines” de Sig sont à découvrir à L’Entre-Deux – Visites sur rendez vous au 06 92 87 85 85.

Author: pressecologie

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