Kilian Jornet : un “ultra-terrestre” passionné de nature

Kilian Jornet - Crédits : Summits of my life - DRLe Catalan Kilian Jornet a franchi en tête la ligne d’arrivée de la Diagonale des Fous ce samedi 20 octobre 2012 à minuit et 33 minutes. Après 26h 33m de course, 170km et 10 000 mètres de dénivelé positif avalés, le leader international du trail a été pour la seconde fois sacré “roi des Fous” et a définitivement conquis le cœur des Réunionnais. Cet ultra-trail comptant parmi les plus difficiles du monde, c’est la course la plus magique que j’ai jamais couru, confiait Kilian après son premier Grand Raid remporté en 23h 17m en 2010. Portrait d’un “ultra-terrestre” amoureux des sommets et de la nature.

Nés dans les Pyrénées catalanes en 1987, il passe les premières années de sa vie dans la montagne du Cap del Rec avec ses parents gardiens de refuge. A cinq ans, il effectue déjà l’ascension de ses premiers sommets. A sept ans, il signe son premier “4.000” et effectue la Traversée des Pyrénées.

Aujourd’hui, à 25 ans, il est devenu un athlète professionnel d’exception : il est quatre fois champion du monde de skyrunning (course à pied en haute montagne), champion du monde de ski de montagne (qu’il pratique en hiver) et triple vainqueur de l’UTMB (Ultra Trail du Mont Blanc, 2008 et 2009 et 2011). En trail, il a battu de nombreux records du monde sur des parcours mythiques : ascension du Kilimandjaro, Transpyrénée, tour du lac Tahoe, intégrale du GR 20 en Corse, record de montée et descente du mont Olympe en Grèce…

Amoureux de la montagne

Des dizaines, des centaines de kilomètres à parcourir, des sommets à gravir, à pied ou en skiant… Mais qu’est-ce qui fait marcher Kilian Jornet ? Vers quoi court-il ? Le Catalan se définit comme un amoureux de la montagne où il s’entraîne chaque jour comme s’il préparait les Jeux Olympiques. Au bout de l’effort, de la douleur, dans ses exploits sportifs qui semblent inaccessibles au commun des mortels, Kilian y ressent le plaisir de courir, de repousser ses limites et de savourer le spectacle de la nature.

Une nature qu’a pu apprécier le jeune homme en octobre 2010, lors de sa première participation au Grand Raid. Quelques jours après sa victoire, il écrivait sur son blog en évoquant la Réunion : J’ai découvert un pays qui est une explosion de la nature, des volcans en éruption, des grandes cascades, des forêts tropicales avec des plantes inimaginables, de la haute montagne, des plages paradisiaques… et tout cela en peu plus de 160km de long !

La ferveur du public, l’ambiance et l’esprit trail ont aussi touché le cœur de l’athlète qui se rappelle aussi un passage magique dans Mafate, patrimoine de l’Unesco et vraiment mérité, car ce sont des paysages de rêve avec des nombreux villages auxquels on n’accède qu’a pied.

“Les sommets de ma vie”

Depuis quelques mois, Kilian s’est lancé un défi inédit. “Summits Of My Life” (les sommets de ma vie), c’est le nom de ce nouveau rêve qu’il souhaite atteindre. Cela consiste à gravir et à redescendre le plus vite possible quelques-uns des plus hauts et des plus spectaculaires sommets du monde, le tout avec un minimum d’équipements et sans assistance. Des montagnes qui font rêver Kilian depuis tout jeune. Le cycle doit s’achever en 2015 par le toit du monde, le mont Everest.

Mi-septembre, l’Espagnol vient de signer un nouvel exploit dans le cadre de la première étape de ce “Summits Of My Life”. Il a ainsi rallié Courmayeur (en Italie) à Chamonix, en passant par le sommet du Mont-Blanc en seulement 8h42, un record.

Mais ce n’est pas ce qui le motive le plus.Il ne s’agit pas seulement de battre certains scores ou de monter des cimes rapidement et avec peu de matériel. Il s’agit de transmettre des valeurs. Je ne prétends pas qu’elles soient les valeurs correctes, ou celles qu’il faut suivre, mais c’est celles qui m’ont été transmises. (…) Moi, la montagne m’a beaucoup appris, je lui dois ce que suis, et je le dois à ceux qui m’ont appris à la connaître explique-t-il sur le site internet “Summits Of My Life”.

Simplicité et respect de la nature

Kilian en dit un peu plus sur son état d’esprit, sur ce que représente vraiment sa quête. Une autre valeur que je veux transmettre c’est la simplicité. (…) Nous essayerons de nous dépouiller le plus possible face à la nature, avec le minimum de matériel, pour nous sentir face à face avec la montagne, sans intermédiaires.

Surtout, pendant tout ce temps, ce que je veux essayer de montrer c’est que nous faisons partie de ce monde, une partie, ni plus ni moins importante qu’un animal quelconque, une pierre ou un arbre, chaque partie a son importance. “La terre n’est pas un héritage de nos parents mais un prêt de nos enfants” (proverbe indien). Nous essayerons d’être le plus silencieux possible dans la montagne, afin que nos pas soient inaperçus, en essayant d’être le plus écologiques et économes possible.

Pour finir, Kilian cite l’écrivain Paulo Coelho : Seulement il y a une chose qui rend le rêve impossible ; la peur d’échouer. Je sais qu’il s’agit d’un projet très ambitieux, très difficile, mais il faut être ambitieux, savoir où se trouvent les risques, s’exposer à l’échec. Si on ne l’essaye pas, si les rêves restent des rêves, nous ne connaîtrons jamais la personne que nous sommes. À la fin nous comprenons que le rêve ce n’est pas les scores, mais les chemins pour arriver à chaque cime, et l’échec n’est pas le fait de ne pas d’achever une montagne ou d’arrêter le chronomètre quelques minutes plus tard, mais de ne pas être capables de prendre ce chemin.

Kilian, philosophe, mais surtout “sky-runner”, comme il se définit lui-même, “celui qui court vers le ciel”. Ainsi que l’écrivait Bruno Poirier dans les colonnes du journal Ouest France, cet athlète “ultra-terrestre”, ne semble avoir que le ciel pour limite.

A voir également : la vidéo Kilian Jornet – “Seul au monde”, Intérieur Sport

Crédits photo : Summits of my life – DR

Author: pressecologie

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