Madagascar : enquête sur le trafic de bois

Déforestation - Crédits photo : crustmania - Flickr - Certains droits réservés (licence Creative Commons) Alexander von Bismarck, fondateur de l’Agence d’enquête environnementale (EIA Environmental Investigation Agency), une ONG spécialisée dans la traque de la mafia du bois, a enquêté à Madagascar, sur le trafic de bois précieux (bois de rose et ébène notamment). De la forêt aux magasins de meubles ou d’instruments de musique, il retrace le parcours du bois tropical dont la majeure partie est abattue puis exportée illégalement vers l’étranger où il enrichit les réseaux criminels. Un reportage diffusé sur Arte à découvrir ci-dessous.

Un arbre sur deux serait abattu illégalement

Le 27 septembre dernier, le Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (PNUE) et Interpol ont publié un rapport dévoilant des chiffres alarmants sur le trafic illégal de bois. Estimées initialement entre 5 et 10 milliards de dollars par an, les pertes de recettes pour les pays tropicaux pourraient atteindre finalement entre 30 et 100 milliards de dollars par an. Une révélation qui augmente la pression sur l’Union européenne qui doit mettre en place son règlement “bois illégal” d’ici mars 2013, selon l’association France Nature Environnement.

Du bois illégal qui n’en a pas l’air

La coupe illégale de bois entraîne une destruction importante des forêts, elle-même responsable d’environ 17% des émissions de gaz à effet de serre, d’après le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).

Madagascar détient le record avec une production de bois qui serait à 90% illégale. Problème récurrent depuis des décennies, l’exploitation illégale de bois devient de plus en plus insidieuse et liée à la grande criminalité. C’est ce qu’explique le rapport du PNUE en soulignant que l’exploitation illégale représenterait entre 20 % à 50 % de l’exploitation mondiale totale lorsque l’on inclut le blanchiment de bois illégaux. C’est ce blanchiment de bois illégal qui n’a pas été pris en compte dans les évaluations de la Banque Mondiale, qui a ainsi largement sous-estimé l’impact écologique, social et économique de l’exploitation illégale de bois.

La FAO a déclaré récemment que le rythme de destruction des forêts ralentirait. Souhaitons que cette déclaration soit fondée sur de l’imagerie satellitaire plutôt que sur des projections qui sous-estiment systématiquement la part du bois blanchi dans le bois illégal… explique Eglantine Goux-Cottin, chargée de mission forêt internationale à France Nature Environnement. Les résultats du rapport du PNUE montrent à quel point il est urgent de fermer les frontières de l’Union européenne à ce commerce illégal de bois.

Fermer les frontières au bois illégal

L’Union européenne et la France ont leur part de responsabilité dans le commerce de bois illégal : un cinquième de cette production illégale de bois serait écoulé en Europe, selon le parlement européen.

Pour diminuer sa contribution à la déforestation, l’Union européenne (UNECE/FAO Forest Products Annual Market Review, 2009-2010), après les Etats-Unis, s’est dotée d’un règlement “bois illégal” (RBUE).

Ce règlement qui devra s’appliquer à partir de mars 2013, fait actuellement l’objet de discussions au sein de la Commission européenne pour la rédaction des guides d’application du règlement. Ces guides doivent impérativement donner des éléments permettant aux importateurs de déceler et d’éviter des approvisionnements illégaux de bois et produits dérivés (éviter les bois importés de pays dont l’indice de corruption est élevé, éviter les produits contenant du bois provenant de certaines essences ligneuses…).

Bruno Genty, président de France Nature Environnement : Il faut que la demande européenne en matière de bois illégal cesse. France Nature Environnement demande à ce que la Commission européenne et les états membres travaillent de pair avec Interpol et le PNUE et autres organismes internationaux tels que Transparency International (Organisme chargé notamment de l’évaluation du niveau de corruption des pays à l’échelle internationale) pour la mise en place effective de son Règlement “bois illégal” afin de bannir le bois illégal du territoire européen.

Et à la Réunion ?

Le Journal de l’île de la Réunion publiait le 27 septembre dernier une vaste enquête sur le braconnage sur le territoire réunionnais et plus particulièrement dans les Hauts de l’île. En moins de trois ans, les gardes-moniteurs du Parc national ont déjà mis au jour près de 80 camps de braconniers et découvert plusieurs centaines de kilomètres de sentiers marrons, révélait le quotidien. Pollution, empoisonnements, violence, coupe illégale d’espèces endémiques protégées… Les méthodes des braconniers se sont radicalisées, ont constaté les autorités.

Photo d’illustration – Crédits : crustmania – Certains droits réservés (licence Creative Commons)

Author: pressecologie

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