Mon carry, avec ou sans OGM ?

OGM - Crédits photo : Can Stock Photo Inc. / italianestroInterdits de culture en France, les organismes génétiquement modifiés se retrouvent pourtant dans nos assiettes, directement ou indirectement. Aucun étiquetage n’est imposé pour les aliments issus d’animaux nourris avec des OGM, tels que viande, produits laitiers, œufs… Des chercheurs français ont mené une expérimentation sur des rats nourris avec du maïs génétiquement modifié, commercialisé par Monsanto. Les résultats sont alarmants : les “rats OGM” déclenchent de deux à trois fois plus de tumeurs et pathologies lourdes que les “rats non OGM”. De quoi relancer le débat sur la toxicité des OGM et leur innocuité pour la santé. De son côté, Pressecologie a cherché à savoir s’il n’y avait des OGM dans nos assiettes. Alors mon carry, est-il avec ou sans OGM ?

La plus longue étude sur un OGM jamais produite

La revue scientifique américaine “Food and Chemical Toxicology” a rendue publique le 19 septembre 2012 les résultats de cette étude * choc sur la toxicité à long terme de l’herbicide Roundup et du maïs OGM NK 603 de la société Monsanto (*Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize).

De 2009 à 2011, Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l’Université de Caen, a travaillé au sein du CRIIGEN (Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique), dans le plus grand secret, pour ne pas attirer l’attention de l’industrie OGM. Menée sur 200 rats, pendant 2 ans, il s’agit de la plus longue étude de consommation d’un OGM agricole avec le pesticide Roundup réalisée.

Mise en cause de l’innocuité à long terme du maïs transgénique sur les rats

Les résultats montrent un risque accru de tumeurs chez les rats nourris aux OGM. Au début du 24ème mois, c’est-à-dire à la fin de leur vie, de 50% à 80% des femelles nourris au maïs transgénique sont touchées contre seulement 30% chez les non-OGM. Les tumeurs surviennent nettement plus vite chez les rats OGM : vingt mois plus tôt chez les mâles, trois mois plus tôt chez les femelles.

35 OGM, destinés à l’alimentation, autorisés en Europe

Si aucune culture d’organismes génétiquement modifiés n’est autorisée en France (hormis celles destinées à la recherche scientifique), certains OGM peuvent se retrouver dans nos assiettes en toute légalité.

Actuellement, 35 OGM destinés à l’alimentation humaine et animale ou/et à l’importation et la transformation sont autorisés dans l’Union européenne : 25 maïs, 3 cotons, 3 sojas, 2 colzas, 1 pomme de terre et 1 betterave.

Les étiquettes à la loupe

Pour repérer les OGM sur les étals, il faut s’en référer aux emballages : un étiquetage est obligatoire sur les produits contenant plus de 0,9% d’ingrédients génétiquement modifiés. Il vaut mieux avoir une bonne vue et scruter les produits à la loupe, car la mention figure parfois (voire souvent) en tout petit au dos des emballages (ex : huile de soja ou de colza, gâteaux, farine de maïs, pop-corn, sauces, céréales…).

L’organisation écologiste Greenpeace a publié un guide des aliments contenants des OGM et de ceux qui en sont exempts. Une liste détaillée est également disponible ici. Les produits y sont classés selon trois couleurs :

vert – Le fabricant garantit ne pas utiliser de produits animaux ou issus d’animaux nourris aux OGM.
orange – Le fabricant affirme avoir entamé une démarche pour exclure les OGM de l’alimentation animale, mais ne peut pas encore garantir qu’il n’en utilise plus du tout.
rouge – Le fabricant ne certifie pas que les produits animaux ou issus d’animaux, utilisés dans la fabrication de ses produits, proviennent de bêtes nourries sans OGM. Les entreprises qui n’ont pas répondu à Greenpeace sont également classées dans cette rubrique.

Comment être sûr de se nourrir sans OGM ? Selon Greenpeace, l’agriculture biologique est une bonne garantie. Le cahier des charges de l’agriculture biologique exclut les OGM à tous les stades.

Un label “sans OGM”

Depuis le 1er juillet 2012, les produits ne contenant pas d’organismes génétiquement modifiés peuvent être étiquetés “sans OGM”.

Les ingrédients d’origine végétale pourront porter la mention “sans OGM”, s’ils sont issus de matières premières contenant au maximum 0,1 % d’OGM. Ceci n’est toutefois valable que pour les aliments sans OGM qui ont un équivalent pouvant être génétiquement modifié (ex : colza, maïs, soja…).

Quid de la viande, des produits laitiers, œufs… ?

L’étiquetage des ingrédients d’origine animale pourra préciser “nourri sans OGM (0,1 %)” ou “nourri sans OGM (0,9 %)”. Ainsi l’on peut distinguer une viande provenant d’une filière garantissant une alimentation des animaux sans OGM.

Les ingrédients d’origine apicole (miel ou pollen) pourront être étiquetés “sans OGM dans un rayon de 3 km”.

Mais la réglementation n’impose aucune mention pour une viande issue d’un animal nourri avec des OGM. La viande de nos carrys peut ainsi être issue de volailles, bœufs ou porc nourris avec des matières végétales génétiquement modifiées sans que cela soit mentionné, de même pour la brique de lait, ou encore les yaourts…

Des OGM dans l’alimentation animale, qui finissent, indirectement, dans nos assiettes

Qu’ils soient produits à la Réunion ou importés de France métropolitaine, d’Europe ou d’ailleurs, y a-t-il des organismes génétiquement modifiés dans la viande, le lait et produits laitiers, le miel, les œufs qui se retrouvent sur les étals ?

La Réunion assure elle-même près de 60% de sa production alimentaire non transformée (fruits, légumes et viandes inclus). Mais, à titre d’exemple, 59.345 tonnes de produits alimentaires d’origines animales ont été importées à la Réunion en 2010. Avec quoi ont été nourris les animaux, élevés sur le sol français, européen ou même asiatique ?

Pour ce qui est de l’Hexagone, près de 80% des élevages seraient nourris avec des espèces végétales génétiquement modifiées, d’après l’agence de presse Reuters. Les éleveurs sont notamment très dépendants du soja, riche en protéines. Un soja très peu cultivé sur le sol français. La France est dépendante à 40% pour ses besoins en protéines, essentiellement du soja. Or, sur le marché mondial, le produit standard est OGM, confie Valérie Bris, responsable de l’alimentation animale chez Coop de France, qui représente 70% des entreprises du secteur.

L’UE importe environ 70% des protéines de ses élevages, soit plus de 40 millions de tonnes de soja majoritairement OGM, selon les chiffres des autorités européennes.

“Pas de maïs génétiquement modifié” dans les aliments pour bétails à La Réunion

L’Union Réunionnaise des Coopératives Agricoles (Urcoopa) fabrique à La Réunion 230 000 tonnes d’aliments pour le bétail. Pressecologie a interrogé l’Urcoopa pour connaître la provenance des aliments destinés aux animaux d’élevage et leur composition.

Les aliments élaborés localement par l’Urcoopa sont composés de matières premières 100% végétales ou minérales. La grande majorité des matières premières que nous utilisons sont cultivées en France métropolitaine. Nous n’aurons pas de chiffres plus précis. C’est le cas des céréales comme le maïs, le blé, l’orge mais aussi le colza, le tournesol et la luzerne, poursuit l’Urcoopa. Toutes ces matières premières sont garanties sans OGM. L’Urcoopa n’importe donc pas de maïs génétiquement modifié à La Réunion, assure le principal fabricant d’aliments pour bétail de l’île.

“Du soja qui peut être issu de plantes génétiquement modifiées”

Qu’en est-il du soja dont la production en France n’est pas suffisante pour apporter aux animaux d’élevage les protéines qui manquent dans les fourrages et les céréales ?

La culture du soja étant essentiellement concentrée sur le continent américain, l’Urcoopa, à l’instar de la quasi-totalité de ses homologues européens s’y approvisionne. Ce soja, qui peut être issu de plantes génétiquement modifiées, est dûment autorisé par les pouvoirs publics à la commercialisation et à l’utilisation en alimentation animale.

L’Urcoopa précise enfin qu’elle indique en toute transparence, sur les étiquettes des aliments du bétail qu’elle fabrique, la présence de soja génétiquement modifié lorsque l’aliment en contient.

Tandis que le soja s’impose dans les mangeoires des animaux d’élevage, selon Nicolas Defarge, l’un des co-auteurs de l’étude scientifique récemment publiée, cité par Reuters, les conclusions alarmantes sur la santé des rats nourris au maïs NK 603 pourraient être extrapolées aux autres OGM.

Si on fait (cette étude) avec du soja Round up Ready (un autre OGM de la firme Monsanto – ndlr) comme celui qu’on importe, on va trouver des résultats similaires, estime-t-il.

Le travail des scientifiques du CRIIGEN a fait l’objet d’un documentaire. Il sera diffusé le mardi 16 octobre à 22h35 sur France 5.

Tous cobayes ?

Extrait du film "Tous cobayes ?" - Crédits photo : DR Le film Tous cobayes de Jean-Paul Jaud, sorti en salle le 26 septembre en France métropolitaine, présente aussi en détails et en images l’étude et ses résultats.

Pour son troisième long métrage consacré aux défis environnementaux (après Nos enfants nous accuseront et Severn La voix de nos enfants), Jean-Paul Jaud a donné la parole aux agriculteurs japonais de Fukushima, sénégalais ou français, aux scientifiques, aux politiques ou aux militants. Autant de personnes qui s’expriment sincèrement sur deux problématiques majeures, les OGM et le nucléaire. Plus d’informations : ici

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Pour rappel, les modifications génétiques des espèces végétales portent essentiellement sur l’introduction de deux caractères dans les cultures : tolérance à un ou plusieurs herbicides, résistance aux ravageurs par production d’une molécule insecticide, ou une combinaison de ces deux caractères.

Crédits photo de Une : Can Stock Photo Inc. / italianestro

Author: pressecologie

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