Requins : “la hausse des attaques n’est pas liée à l’effet réserve”

Requin bouledogue - Crédits photo : Jean-Bernard Galvez Six attaques de requins, dont deux mortelles, en 2011, alors que depuis 1972 on recensait en moyenne une seule attaque par an. Comment explique-t-on cette hausse des agressions à la Réunion ? La question demeure encore sans réponse. Un “effet réserve marine” avait été évoqué pour expliquer la recrudescence des squales à proximité des côtes qui y trouveraient davantage de ressources pour se nourrir. Le Conseil scientifique de la RNMR (Réserve Naturelle Marine de La Réunion) assure dans un courrier adressé aux médias que relier une augmentation des attaques de requins à l’”effet réserve” relève d’un raisonnement spéculatif qui ne repose sur aucun élément objectif.

La Réserve Naturelle Nationale Marine a été mise en place en 2007 dans le but de freiner la dégradation des récifs coralliens à La Réunion. Actuellement, 5% de la RNMR sont en sanctuaire, 45% sont soumis à une pêche réglementée et la moitié (50%) de la RNMR est ouverte à la pêche dans les mêmes conditions qu’à l’extérieur détaille le Conseil scientifique. Ces récifs coralliens de La Réunion jouent un rôle déterminant insistent les scientifiques. La barrière de corail constitue un obstacle qui diminue considérablement l’amplitude et l’intensité des vagues, notamment lors des cyclones et des fortes houles. A l’origine de cette construction vivante se trouvent les coraux : animaux dont la vitalité est essentielle pour l’ensemble des écosystèmes, habitats et habitants.

Objectifs de la Réserve marine : préserver la diversité des espèces, protéger le milieu naturel et augmenter la ressource exploitable dans les régions limitrophes

La mise en place de réserves naturelles marines est toujours associée à des mesures de gestion de leur fréquentation et de leur exploitation, dans le but de permettre une restauration des écosystèmes, de la biodiversité et des stocks de reproducteurs. Un des premiers bénéfices réside dans l’augmentation du nombre de juvéniles. De ce fait, plus d’œufs, de juvéniles et d’adultes diffusent au-delà des limites de la réserve. C’est cette dynamique positive que l’on appelle “l’effet réserve”.

La biomasse de poissons des récifs encore faible

A la Réunion, sur un espace étroit (12 km de surfaces récifales), sur lequel la pression humaine (urbaine, industrielle, agricole, etc.) est forte, cet “effet réserve” est long à s’établir. Un état des lieux des habitats naturels et des communautés (algues, coraux, poissons et autres organismes associés) a été réalisé en 2009. Un nouveau bilan est prévu en 2012.

Si on s‘intéresse à la biomasse de poissons, qui constitue un des indicateurs classiques de l’état de santé d’un écosystème corallien, les études montrent qu’à La Réunion elle serait comprise entre 200 et 400 kg par hectare selon les zones. A titre comparatif, sur la plupart des récifs de l’Indo-Pacifique sous influence humaine moyenne à forte, les biomasses de poissons sur les récifs se situent aux environs de 600 – 1200 kg/ha (soit un taux 3 fois supérieur). Quant aux Îles Éparses, sanctuaires de l’océan Indien où la pêche est strictement interdite, la biomasse en poissons se situe en moyenne entre 3000 et 4000 kg/ha, avec parfois des biomasses qui peuvent atteindre 9600 kg/ha à Europa (soit plus de 20 fois la biomasse des récifs réunionnais).

A ce jour,la biomasse en poissons des récifs de La Réunion reste donc encore faible, très loin de pouvoir déjà traduire de manière objective et avérée un “effet réserve” significatif ; même si des prémices positifs ont été relevés, notamment à travers le retour, sur certaines zones, d’espèces qui étaient devenues rares (napoléons, mérous). Ce n’est qu’au terme du nouvel état des lieux que des conclusions fiables pourront être tirées.

Programme CHARC : une opération de marquage des requins pour comprendre le phénomène

Afin de palier au manque de connaissances sur les requins côtiers de la Réunion (plus particulièrement les requin tigre et bouledogue) et de comprendre les raisons de ces attaques en hausse, le programme CHARC (Connaissances de l’écologie et de l’HAbitat de deux epèces de Requins Côtiers sur la côte Ouest de la Réunion) a été lancé, piloté par l’IRD (institut de recherche pour le développement). Un programme qui intègre toutes les hypothèses, y compris celles pouvant éventuellement impliquer d’autres aspects de la RNMR que l’”effet réserve” recherché conclut le Conseil scientifique de la RNMR.

Pour rappel, le requin-tigre et le requin bouledogue comptent parmi les espèces quasi-menacées (NT), selon l’UICN (union internationale pour la conservation de la nature). Ils ne figurent pas sur la liste des espèces protégées.

Crédits photo : Jean-Bernard Galvez

Author: pressecologie

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