Incendie du Maïdo : la faune endémique décimée

Tarier de la Réunion, localement appelé Tec-Tec, espèce endémique et protégée - Pressecologie.com Ce lundi 31 octobre 2011, l’incendie est contenu dans une enveloppe de 2 834 hectares, a annoncé la préfecture dans un communiqué. L’incendie n’a certes pas progressé, mais il n’a pas pour autant rendu les armes. On ne peut pas encore dresser de bilan, mais des dégâts multiples et graves sont déjà constatés, indique le Parc national de la Réunion. Une catastrophe écologique pour ces territoires situés au cœur de l’île qui contiennent les derniers habitats naturels les plus importants pour la conservation de la biodiversité des Mascareignes, y compris une gamme de types forestiers rares. L’incendie qui a démarré le 25 octobre a ravagé près de 3 000 hectares de forêts inscrites au Patrimoine mondial de l’Humanité, des espaces naturels qui sont (étaient) le dernier refuge d’un grand nombre d’espèces endémiques, menacées et en danger.

Des pertes considérables pour la faune sauvage

Les écosystèmes du massif du Maïdo abritent de nombreuses espèces endémiques. C’est à cette altitude en effet (entre 1 400 et 2 800 m) que le taux d’endémisme est maximal. Cela est notamment le cas chez les papillons de nuit (plus de 500 espèces recensées sur l’île).

La journée (ndlr – lundi 31 octobre 2011) a été particulièrement difficile pour le Lézard vert des hauts (Phelsuma borbonica) dont une population très originale de cette espèce avait été récemment découverte au Maïdo, altitude particulièrement élevée pour un reptile. Un bilan plus précis sera effectué lors de l’opération de comptage prévue en décembre, mais d’ores et déjà on peut s’inquiéter de l’avenir de ce groupe.

Tous les invertébrés vivant dans ces habitats naturels ont vraisemblablement été détruits. Pour les oiseaux également, les pertes sont considérables. Toutes les nichées de l’année des Oiseaux verts, Tec-Tec, Papangues et autres passereaux ont été brûlées. Très territoriaux, les adultes continuent à survoler les paysages désolés à la recherche de leur nid.

Enfin, la colonie de Pétrels de Barau, espèce endémique et menacée au niveau mondial a jusqu’àlors été préservée. Les terriers creusés dans les falaises qui surplombent le cirque de Cilaos sont pour le moment épargnés par les feux. Par contre, les adultes qui vont chercher la nourriture en mer peuvent être victimes des incendies, car ils sont très attirés la nuit par les lueurs des flammes amplifiées par les nuages de fumée.

Des paysages défigurés

L’ouverture en urgence de pistes et de pare-feux est rendue indispensable pour isoler les dernières zones de végétation encore intactes. Ils s’inscrivent dans les paysages telles des saignées de terre nue. Ces impacts sont malheureusement irréversibles, à moins de lourdes actions de restauration.

La connaissance parfaite du terrain et des espèces par les agents du Parc national permet de limiter les dégâts autant que possible. Mais ces tracés constituent des couloirs de colonisation rêvés pour les espèces exotiques envahissantes.

Des impacts importants sur la flore

Des agents du Parc national sont présents chaque jour sur la zone (planèze des Bénares et Piton des Orangers) afin de guider les ouvertures de tous les pare-feux, pistes et layons et accompagner les pompiers ne connaissant pas le terrain. A partir des informations qu’ils transmettent régulièrement, un bilan est actualisé sur les pertes d’espèces déterminantes. A ce jour, 26 espèces indigènes ou endémiques rares sont touchées, dont 16 sont considérées comme très menacées (gravement menacé d’extinction (CR) – menacé d’extinction (EN) – vulnérable (VU). La base de données constituée depuis des années par le Conservatoire botanique national de Mascarin (CBNM) trouve ici une grande utilité.

Le cœur habité, préoccupation majeure du Parc national

L’incendie qui ravage les hauts du massif de la côte ouest de l’île depuis le 25 octobre 2011 a gagné en intensité sur le Piton des Orangers. Le feu, descendant le long des remparts du cirque de Mafate, peut de stabiliser des roches. Une quarantaine d’habitants des îlets de Roche Plate et des Orangers, dont les cases sont situées sous le rempart du Maïdo, ont du être évacués. Le Parc national suit avec la plus grande attention la situation. Les médiateurs du Parc affectés dans le cirque de Mafate assurent au mieux un relais avec la population. Ils les informent sur la situation des sentiers et recueillent toutes les informations sur d’éventuelles chutes de pierre.

L’impact sur les agriculteurs

A l’heure où le travail de concertation sur la Charte du Parc national montre l’importance des terres agricoles, qui constituent une transition entre entre les milieux naturels et les zones urbanisés, le Parc national est sensible à la situation des éleveurs qui ont vu leurs pâturages détruits par le feu. La perte de leur outil de travail est un coup dur porté au développement économique des hauts de l’ouest, mais aussi à ses paysages ruraux.

Communiqué du Parc national de la Réunion

Pour rappel, l’incendie sévit au cœur de la région des Pitons, cirques et remparts de l’île de La Réunion (zone centrale du Parc national crée en 2007). Ce bien inscrit au Patrimoine mondial de l’Humanité couvre plus de 100 000 ha, soit 40% de La Réunion.

Sur cette île de l’océan Indien, l’association du volcanisme, des glissements de terrain d’origine tectonique, et de l’érosion par les fortes pluies et les cours d’eau, a donné naissance à un paysage accidenté et spectaculaire d’une beauté saisissante. Dominé par deux volcans, le Piton des Neiges, endormi, et le Piton de la Fournaise, l’un des plus actifs de la planète, la Réunion renferme en son cœur une mosaïque d’écosystèmes et de caractéristiques paysagères remarquables avec leurs assemblages d’espèces les plus précieux de l’archipel des Mascareignes.

Amputée de près de 3 000 hectares, l’intégrité du Parc national des Hauts est menacée. Et une fois l’incendie terminé, même si la nature parvient à reprendre ses droits avec le temps, un autre combat s’annoncera pour la faune et la flore locales : une dure concurrence s’établira entre les espèces exotiques envahissantes et les espèces indigènes. Une soixantaine d’espèces venues d’ailleurs se sont transformées en véritables envahisseurs capables de coloniser à vitesse grand V des milieux naturels fragiles, empêchant toute réinstallation de flore locale. La forêt réunionnaise a plus que jamais besoin d’une protection rapprochée, pour que les paysages de fin du monde nés de l’incendie soient l’occasion d’une renaissance pour les espèces indigènes et endémiques.

Une mission d’expertise pour restaurer la forêt

La ministre de l’Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet a lancé le 3 novembre 2011 une mission d’expertise pour évaluer la situation et bâtir un programme de surveillance et de restauration des milieux naturels.

Deux experts naturalistes de haut niveau, Serge Muller, Président de la commission flore du Conseil National de la Protection de la Nature et Michel Echaubard, Président de la commission faune, ont été mandatés pour appuyer les organismes impliqués (Conservatoire botanique, ONF, parc, collectivités locales) dans ce diagnostic. Celui-ci permettra de déterminer les actions prioritaires, notamment sur la surveillance et la lutte contre les espèces envahissantes sur lesquelles il convient d’être particulièrement vigilant. Les experts iront sur place la semaine du 21 novembre 2011.

Author: pressecologie

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1 Comment

  1. C’est bizard votre article, il laisse croire qu’il n’y a que le Parc National concerné par l’incendie …
    Je croyais que la gestion du secteur était confié principalement à l’ONF ???
    Et c’est oublier aussi qu’une grosse partie de l’incendie est hors parc

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