Les requins côtiers sous surveillance

Requin tigre - Crédits photo : Albert kok - Certains droits réservés - Licence Creative Commons Une opération de marquage de requins vient d’être initiée à l’Ile de la Réunion. Elle intervient dans le cadre du projet CHARC – Connaissances de l’écologie et de l’HAbitat de deux espèces de Requins Côtiers sur la côte Ouest de la Réunion. Ce projet propose d’étudier, à partir de marquages électroniques, l’écologie de deux espèces de requins côtiers de La Réunion, le requin tigre et le requin bouledogue (espèces susceptibles d’être les plus abondantes), pour définir les caractéristiques de leurs habitats respectifs (micro-habitats) et leur distribution spatio-temporelle dans ces micro-habitats, indique l’Institut de recherche pour le développement (IRD) dans un communiqué ce 20 octobre 2011. Les opérations de marquage poursuivent leur cours. En date du 13 décembre 2011, quatre requins tigres et un requin bouledogue ont pu être marqués. Les scientifiques ont procédé à un marquage visuel et acoustique.

CHARC, projet d’une durée de 30 mois et décliné en 3 volets, a pour objectifs d’étudier :
– la bibliographie sur les études déjà réalisées concernant les requins côtiers en particulier celles présentant un danger pour l’homme, le requin bouledogue (Carcharhinus leucas ) et le requin tigre (Galeacerdo cuvier ) ; les statistiques historiques des attaques de requin à la Réunion depuis 1980 ;
– la dynamique spatiale des individus et les caractéristiques de l’habitat de ces deux espèces à la Réunion ;
– les caractéristiques des populations et l’écologie trophique de ces deux espèces.

L’opération est conduite pour une durée prévisionnelle de 4 mois, susceptible d’être prolongée, à une fréquence de deux jours par semaine. L’opération se déroulera au large de la commune de Saint-Paul, depuis la pointe de la rivière des Galets jusqu’à la pointe des Trois bassins.

A plus long terme, l’objectif est la création d’un observatoire chargé de rassembler et de pérenniser les données existantes en intégrant l’ensemble des nouvelles connaissances issues de ce projet pour permettre :
– de contribuer à une meilleure gestion du risque requin à La Réunion ;
– de constituer un capital valorisable pour restaurer la confiance et soutenir les activités en liens avec le tourisme ;
– de sensibiliser des acteurs socio-économiques de l’île afin d’engager la Réunion dans la politique européenne de protection et de conservation de ces espèces.

CHARC s’inscrit dans la perspective de l’agenda 21 (Rio, 1992) de gestion durable des écosystèmes. Les chercheurs qui participent à ce projet développent depuis de nombreuses années, dans l’ouest de l’océan Indien, une approche écosystémique afin de mieux connaître les mécanismes expliquant la vulnérabilité et la résilience des écosystèmes régionaux. Le but est de mieux expliquer la place et le rôle des différentes espèces de la faune océanique et de proposer des voies de gestion durable des écosystèmes marins en conciliant conservation et exploitation durable des ressources.

A propos des requins :
Les requins sont des espèces emblématiques représentées par 400 à 500 espèces dans le monde. A La Réunion, une trentaine d’espèces ont pu être recensées (Letourneur et al. , 2004). Le plus souvent, il s’agit de prises accessoires contraignantes pour les pêcheurs qui ne les ciblent pas. Par conséquent, elles sont potentiellement nuisibles pour la survie de l’espèce concernée.

Certaines espèces sont évoquées lors des attaques (parfois mortelles) d’usagers des eaux littorales. Ainsi, entre 1980 et 2011, une quarantaine d’attaques de dangerosité variable ont été recensées soit en moyenne une attaque par an (Vangrevelynghe 1994, Landron 2006). Ces statistiques, parfois relayées dans la presse métropolitaine, entraînent des répercussions néfastes sur les activités touristiques de l’île.

Malgré les dangers potentiels et la nécessité d’améliorer la prévention des risques, cette faune tant dans les eaux réunionnaises que dans est l’Océan Indien est très peu connue. Les seuls travaux de recherche dans l’ouest de l’océan Indien, trouvant des applications dans le domaine de la gestion du risque requins, ont été menés en Afrique du Sud (Cliff and Dudley, 1992, 2011; Dudley, 1997).

Le requin tigre (Galeacerdo cuvier ) est l’un des plus grands requins fréquentant les eaux réunionnaises, il peut atteindre 5 m de long. Les requins tigre sont solitaires et nomades. Ils sont rencontrés régulièrement près des accores des récifs même s’ils sont capables d’effectuer des déplacements trans-océaniques.

Requin ovovipare, il donne naissance à 8 ou 10 petits en moyenne mais pouvant aller jusqu’à 80 (Compagno, 1984 and Last & Stevens 2009), d’une taille de 60 à 80 cm après 15-16 mois de gestation. L’âge à la première maturité est de 9 ans. Il est omnivore et présente un comportement de charognard marqué qui n’est pas retrouvé chez les autres espèces de requin (Heithaus et al., 2002 ; Simpfendorfer, 2001).

Ce requin est classé espèce à risque faible en terme de vulnérabilité dans la liste de l’IUCN.

Le requin bouledogue (Carcharhinus leucas ) est l’une des rares espèces de requins pouvant vivre temporairement en eau douce saumâtre. Il peut remonter très loin les cours d’eau et fréquente les eaux troubles des embouchures des rivières. Il peut atteindre 3,5m de long. C’est une espèce sédentaire.

Requin vivipare avec une période de gestation d’un an, les femelles donnent naissance à 13 juvéniles en moyenne d’environ 70cm. L’âge à la première maturité est compris entre 8 et 10 ans. Son alimentation est composée de poissons, oiseaux, tortues, oursins, mollusques.

Il est classé espèce à risque faible en termes de vulnérabilité dans la liste de l’IUCN.

Six attaques en 2011 à la Réunion

Pour rappel, à la Réunion, depuis le début de l’année 2011, six attaques de squales, dont deux mortelles, ont été recensées dans le secteur de Saint-Gilles sur la côte ouest :
– le 19 février, un surfeur est gravement blessé à la jambe, il subira une amputation
– le 15 juin, un bodyboarder de 31 ans est mordu et décède des suites de ses blessures
– le 6 juillet, un adolescent est attaqué en milieu d’après-midi, seule sa planche a subi des dégâts
– le 19 septembre, un surfeur de 32 ans se fait happer par un requin, son corps n’a pas été retrouvé
– le 5 octobre, un kayakiste attaqué par un squale, il s’en sort indemne
– dernier accident en date : le 11 novembre. Un plongeur qui pratiquait la chasse sous-marine est blessé au pied par un requin au large de Bois-Blanc. Il s’agit de la première attaque de l’année dans l’Est, et également la première signalée à Sainte-Rose.

Author: pressecologie

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