Pêche préventive : “Tuer dix requins ne résoudra pas le problème”

Requin bouledogue - Crédits photo : Service de communication de la préfecture de La Réunion Le Préfet de La Réunion, Michel Lalande, a donné ce lundi 26 septembre 2011 son feu vert pour une opération ciblée de prélèvement de requins bouledogue et tigre au large de Saint-Gilles. Des moyens de prévention du risque requins seront également mis en place dans la commune de Saint-Paul. Cette action a vocation à être étendue aux autres communes exposées au risque requins. FNE (France nature environnement) et son association réunionnaise la SREPEN (société réunionnaise d’etude et de protection de l’environnement) s’opposent vivement au plan d’abatage de 10 requins tigre et bouledogue décidé par la Réunion. La pêche punitive n’est pas la solution. Tuer dix requins ne résoudra pas le problème, indiquent ces deux associations dans un communiqué publié ce mercredi 28 septembre. Un premier requin bouledogue a été pêché ce jeudi 29 septembre vers 6 heures dans la zone de Boucan Canot *. L’individu mesure près de 2 mètres 50 pour un poids de 156 kg. Pour rappel, depuis le début de l’année 2011, quatre attaques de squales, dont deux mortelles, ont été recensées contre des surfeurs sur la côte ouest de l’île.

Sur les côtes de la Réunion, conformément à la décision du préfet, la chasse est ouverte. Or on sait par expérience que les pêches préventives ou punitives, peu importe le nom qu’on leur donne, ne sont en aucun cas une solution permettant de protéger efficacement les usagers de la mer du risque requin. Par ailleurs, les requins sont déjà l’objet de captures mal maîtrisées poursuivent les associations.

Une solution émotive qui ne s’interroge pas sur les causes des attaques

Les attaques à la Réunion sont régulières (une attaque par an en moyenne). Mais plutôt que d’appliquer l’abattage, il est nécessaire de comprendre pourquoi les requins s’approchent autant de nos côtes et, pour certains, se sédentarisent selon FNE.

Pour la SREPEN, les hypothèses sont nombreuses : l’augmentation de la fréquentation sur le littoral et l’expansion de l’activité de surf à La Réunion font grimper les risques. Les bassins d’aquaculture en baie de Saint-Paul pourraient attirer les requins. L’installation de récifs artificiels entraîne une concentration importante de poissons et pourrait être à l’origine de la sédentarisation de requins, y trouvant en ces lieux une source alimentaire. Ailleurs, le shark feeding (nourrissage des requins) habitue le requin à la proximité de l’homme.

Crédits photo : Service de communication de la préfecture de La Réunion Pour FNE et la SREPEN, les mesures expéditives du préfet pour calmer l’opinion publique ne sont donc pas la solution. Plutôt qu’une opération de chasse sans garantie de résultat, il serait beaucoup plus efficace de réguler les activités à risques. Pour ce faire, le surf et l’ensemble des activités de loisirs devraient bénéficier de l’aide conséquente de l’Etat et de la région Réunion sans attendre une nouvelle attaque de requin. Rappelons que les surfeurs font partie des ambassadeurs de la Réunion.

Par ailleurs, il est indispensable de former les usagers de la mer susceptibles d’être confrontés aux requins (baigneurs, surfeurs…) aux conditions susceptibles de les exposer à un risque accru d’attaque de requins : baignade de nuit ou au lever du jour, en eaux troubles, ou sur les sites de nourrissage des requins connus.

Pour Bruno Genty, président de FNE : Les prélèvements ne servent à rien sur le plan de la sécurité, mais contribuent en revanche à la régression de ces espèces et de leur fonction écologique dans l’écosystème marin. FNE, avec son association membre, la SREPEN, demande que soit suspendu le plan d’abattage des requins dans l’attente de l’élaboration d’une stratégie de coexistence qui réconcilierait la protection des espèces et activité de loisir. Il faut organiser le vivre ensemble au bénéfice de tous.

Les associations rappellent que le requin tigre et le requin bouledogue sont classées quasi menacées selon l’UICN (union internationale pour la conservation de la nature).

Deux études scientifiques seront lancées

La préfecture a par ailleurs annoncé le lancement de deux études scientifiques cofinancées par l’Etat et la Région pour pallier à l’insuffisance de données scientifiques sur les squales; la création d’un comité réunionnais permanent de réduction du risque requins qui regroupera l’ensemble des acteurs concernés ; la demande, lors du prochain conseil des ministres de la Commission de l’Océan indien, de la mise en place d’une coopération régionale.

(*) Après le dépôt en chambre froide du requin pêché ce jeudi, des prélèvement d’organes aux fins d’analyses ont été effectués en présence d’un vétérinaire, d’ichtyologues (spécialistes des poissons) de l’aquarium, et des scientifiques de l’université. Ils ont notamment prélevé des dents (pour définir l’âge) et la mâchoire (pour “visualiser” une morsure de bouledogue). Les organes vont être envoyés en métropole pour analyse. La carcasse de l’animal va partir à l’équarrissage.

Author: pressecologie

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