Yabalex : “On peut tous participer à la protection de notre nature”

Oiseau blanc - Crédits photo : Yabalex

Le photographe Yabalex sillonne les quatre coins de l’île depuis une dizaine d’années pour saisir au vol et immortaliser les plus beaux oiseaux de la Réunion. Son premier livre, qui vient de paraître, rassemble une série de 36 clichés d’oiseaux endémiques ou exotiques, rares ou familiers. Entretien avec ce jeune photographe dyonisien qui nous invite à partager sa passion pour la nature et les plumes de La Réunion…

Yabalex, photographe animalier - Crédits photo : Yabalex

Présentez-vous en quelques mots…

Yabalex : Réunionnais d’une trentaine d’années, j’ai grandi entre Saint-Denis et Saint-Leu. J’ai un métier normal dans un bureau la semaine et je me transforme en photographe animalier les week-ends et pendant mes congés.

Racontez-nous comment vous avez commencé la photo et comment est-ce devenu une passion ?

Y. : J’ai découvert la photo à l’école des Beaux-Arts du Port et l’alchimie a pris aussitôt. Bien que j’ai passé mon diplôme avec un film d’animation en pâte à modeler, c’est la photo que j’ai gardée comme moyen d’expression. Au début, tout était prétexte à la photo, puis j’ai fait un reportage en noir et blanc sur les chiens errants, la nuit. Et finalement, je suis reparti sur les terrains de jeux de mon enfance avec cette fois mon appareil au poing et le déclic pour l’image d’oiseaux s’est produit.

Pourquoi avoir choisi la photographie animalière ?

Y. : J’aime passer du temps dans la forêt, au frais, à y observer la vie : la caille qui gratte le sol en faisant une cuvette pour y trouver sa nourriture, le Tec-tec sur son perchoir qui scrute les herbes en vue d’un délicieux insecte, au sommet d’un arbre, un cardinal lance son chant pour marquer son territoire et au-dessus plane l’ombre menaçante du papangue prêt à fondre sur un rat à découvert. C’est un spectacle qui n’arrête pas de me fasciner et j’essaye au mieux d’en ressortir une photographie qui raconte une histoire.

Selon vous, quelles sont les qualités principales du photographe animalier ?

Y. : N’importe quel photographe doit connaître son sujet. Cela est encore plus vrai pour celui qui décide de montrer la vie animale. Il faut être un bon naturaliste. Savoir suivre les saisons et les déplacements, les lieux de vie et d’alimentation, le période de reproduction… etc. Autant de paramètres que le photographe doit maîtriser, en plus de son matériel, afin de réussir des clichés.

Qu’est ce qui est le plus compliqué dans ce domaine ? Et le plus gratifiant ?

Y. : La difficulté vient de la préparation avant la rencontre avec l’animal et la photo. Il faut parfois des jours de repérage pour trouver l’oiseau, puis chercher un lieu idéal sur son passage pour une belle approche, puis travailler son camouflage afin de disparaître complètement et ne pas déranger le sujet. Et ensuite, il faut encore de la patience pour rester une journée au même endroit pour faire ses images.

Si tout cela fonctionne dans de bonnes conditions (la météo, on ne peut que la subir) et qu’on a une photo correcte, c’est un grand bonheur qui est proportionnel au temps investi pour sa réussite.

Quels conseils donneriez-vous à celles et ceux qui souhaiteraient se lancer ?

Y. : Apprenez à bien connaître les animaux, ensuite commencez par des espèces peu farouches en ville afin de vous familiariser à la prise de vue et au comportement des oiseaux.

Enfin, prenez le temps de vous aventurer en pleine forêt en respectant la nature. C’est elle qui décide au final et le photographe doit rester humble et patient face à elle.

Le matériel importe peu pour se faire plaisir, mais pour faire de la photo d’oiseaux à La Réunion, il faut au minimum un 300 mm pour ne pas être trop frustré.

Couverture du livre "Les plumes de La Réunion" - Auteur : Yabalex

Quel message souhaitez-vous transmettre à travers le livre Les plumes de la Réunion que vous venez de sortir ?

Y. : La Réunion a déjà beaucoup perdu par le passé. Essayons d’ouvrir les yeux sur les beautés naturelles qui nous entourent et tachons de sauvegarder le patrimoine qui nous reste. Nous avons des oiseaux incroyables et uniques au monde mais, pour certains, en voie d’extinction. On peut tous participer à la protection de notre nature.

De votre côté, vous vous investissez pour protéger l’avifaune locale…

Y. : Dès le début, je me suis rapproché de la SEOR (société d’études ornithologiques de la Réunion), afin d’en apprendre plus sur l’avifaune. Je me suis rendu compte que les oiseaux aussi avaient besoin de moi. Je me suis donc investi de plus en plus pour leur protection. Ainsi, je suis très régulièrement l’équipe de la Roche-Écrite qui sauvegarde le tuit-tuit. Dès que je peux, je ramène au centre de soin les oiseaux échoués ou blessés. Je fais partie également de la brigade papangue qui a pour mission de surveiller certains secteurs de l’île pour voir si l’oiseau ne subit pas d’empoisonnement secondaire. Enfin, je participe régulièrement à des missions de comptage, d’étude ou de suivi.

Quels sont vos projets à venir ?

Y. : J’ai toujours une expo à préparer tous les ans. Pendant mes sorties, certaines photos me donnent des idées ou un thème. Je m’y consacre donc pendant plusieurs mois afin de construire une série complète et cohérente.

Sinon, l’aventure du livre proposé par Jean-François Samlong de l’UDIR a été une belle expérience et j’ai envie de me lancer sur un autre projet d’ouvrage avec un autre angle et surtout avec mes toutes dernières photos que j’ai envie de partager autrement que sur mon blog (www.faune-reunion.com).

Author: pressecologie

Share This Post On

Submit a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *